Dialogue sur la dune (4 avril 2008, Le Courrier).
FESTIVAL ARCHIPEL A Genève, «Vies silencieuses» voit s’affronter peinture sable de Raphaël Thierry et musique de Jérôme Combier.
PROPOS RECUEILLIS PAR BENOIT PERRIER
Des figures de sable, changeantes et remaniées, tandis que bruisse la partition de Jérôme Combier: c’est ce qu’on pourra voir, ce soir au Palladium, pour l’ouverture du festival de musique contemporaine Archipel. Le compositeur Jérôme Combier a rencontré le plasticien Raphaël Thierry lors d’une résidence commune à la Villa Médicis, à Rome. Après une première collaboration (une expo pour la Villa), le premier a demandé au second de participer à sa composition Vies Silencieuses: sept pièces, dont l’instrumentation varie (jusqu’à sept musiciens de l’Ensemble Contrechamps), alliées à trois interludes électroacoustiques.
Raphaël Thierry intervient sur certains des morceaux. Installé au fond de la scène, il est placé devant une longue table lumineuse. Un miroir, suspendu, réfléchit vers le public les manipulations qu’il imprime au sable sur cette surface.
Sa musique, Jérôme Combier la qualifie d’«assez riche» (en mélodie, en harmonie et en timbres) et d’«un peu abrupte». Dans le droit fil de la collaboration qu’il nous présente, elle lui semble même «minérale». Sur le papier, leur entreprise paraît séduisante et accessible. Rencontre avec les deux artistes.
Raphaël Thierry: Le principe, c’est celui de l’éphémère. Ce que le public va voir, il ne va le voir qu’une fois avant que cela disparaisse. Comme la musique disparaît après avoir été entendue. Chaque représentation a sa propre identité, c’est toujours une forme différente. J’entends la musique de manière différente et il y a une tentative de dialogue, une expérience réalisée. On évite l’écueil de l’illustration ou du placage d’un art sur l’autre, c’est bien une rencontre entre deux formes d’expression.
Vous peignez en direct, sur scène: vous voilà «performer»?
R. T.: C’est vrai, je me montre, mais ce qui m’intéresse c’est de partager la curiosité d’une image, d’un trait en train d’être tracé. Etre sur scène ne me dérange pas, dans la mesure où l’objet du regard est ce qui est dessiné, pas celui qui dessine.
Jérôme Combier: C’est d’ailleurs assez beau. On voit un travail d’atelier. Quelque chose d’un peu cérémoniel, une ambiance assez étrange... On a aussi l’impression de voir l’artiste travailler avec une matière, pas l’huile, pas la toile, mais le sable. Jérôme Combier, vous insistez sur la confrontation entre les actions du peintre et des musiciens.
J. C.: Oui, on est dans deux temporalités différentes. Celle de la musique, hyper précise, au quart de seconde, qui a pour support une partition écrite. Et puis celle de Raphaël, beaucoup plus étirée puisqu’il va chercher la forme dans le sable. Il s’attarde sur quelque chose, l’efface... Je tiens beaucoup à créer cette impression que deux événements se déroulent dans des temps complètement différents. Il y a aussi une sorte de fascination, d’hypnotisme quand on est face à cette chose mi-sonore, mi-visuelle. Au bout d’un moment, des connexions se font, sans qu’on sache de quel ordre. On entend des matières...
R. T.: Pour ma part, je suis assez réticent à la transdisciplinarité. Mais lorsque Jérôme m’a proposé cette collaboration, je me suis dit qu’entre la peinture et la musique existe un lien intime. Le dialogue qui s’établit entre la musique et le sable en constitue une forme.
BOULEZ ET LES SIXTIES FRANÇAISES
Un clarinettiste se déplace dans la salle et joue face à des groupes de musiciens, successivement, comme s’il visitait ses Domaines. Cette oeuvre de Boulez est à l’honneur de ce concert d’Archipel consacrés aux années 1960 en France. Trois autres pièces l’accompagnent, dont le pôle est Chant contre chant (pour soprano, percussions et piano) de Jean Barraqué, compositeur rare redécouvert ces jours. L’occasion d’entendre un répertoire somme toute peu joué, et de vérifier s’il n’est vraiment que «de transition», entre le sérialisme de l’après-guerre et les avant-gardes à venir.
BPR



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