Gravir un sommet ou écouter Webern (7 novembre 2008, Le Courrier)
CLASSIQUE• Intégrale (ou presque) du compositeur viennois ces prochains jours à Genève. Embarquement lundi et consignes de sécurité avec Philippe Albèra.
BENOÎT PERRIER
Ce n’est pas tous les jours qu’on peut écouter, en concert, la presque totalité des oeuvres d’un compositeur. On peut donc saluer l’entreprise des institutions musicales et culturelles genevoises qui s’associent, ce mois, pour proposer des Journées Webern, qu’elles consacrent au dernier membre de la «trinité viennoise» – formée, au début du XX e siècle, par Anton Webern (1883-1945), Berg et Schoenberg. Au programme, une dizaine de concerts et divers événements (conférences, tables rondes, exposition). Nous les détaillerons dans ces colonnes; mentionnons seulement pour l’instant une date à ne pas manquer. En guise de clôture de ces Journées, en effet, Contrechamps sera, le 20 novembre, dirigé par Heinz Holliger et associé à Philippe Jaccottet. Ce dernier lira des poèmes, les siens et ceux qui ont inspiré Webern. Ce sera l’occasion de confronter un artiste rare à une musique susceptible, par son économie et son intériorité, d’entrer en résonance avec sa production. D’ici là, le premier rendezvous à signaler est un prologue: le concert «une heure, une oeuvre» de Contrechamps lundi, entièrement dédié à Webern. Le quatuor Sine Nomine y jouera les Six Bagatelles de 1913 et le quatuor op. 28; la pianiste Bahar Dördüncü y donnera, quant à elle, les Variations pour piano op. 27. Comme le veut le format de ces concerts, les pièces seront précédées d’une présentation par Philippe Albèra, directeur des Editions Contrechamps – qui publient d’ailleurs ces jours une nouvelle traduction des écrits de Webern.
Philippe Albèra souligne la «chance extraordinaire» de pouvoir ainsi écouter presque tout Webern, «une musique sans compromis». Il compare ce projet à une rétrospective, permettant de voir l’oeuvre «dans sa continuité, dans son développement et dans tous ses aspects». Selon lui, Webern reste d’ailleurs globalement méconnu et peu joué; la faute à une musique «délicate à réaliser» (elle exige beaucoup de travail, une attention à chaque note), et «difficile à programmer» (ces pièces très brèves et concentrées s’accommodent mal de la compagnie d’oeuvres plus conventionnelles). L’attention des auditeurs est également requise. M.Albèra ajoute: «C’est une exigence d’écoute, très belle. C’est comme aller sur un sommet et y respirer un air pur. On voit les choses différemment quand on descend.» Soulignant la force d’idéal de la musique de Webern, il relève que «quand on va au bout d’une pensée, dans un absolu de la pensée, on découvre des territoires qui nous changent». Contre une réception toute intellectualisée, Webern a toujours conçu sa musique «comme communication, comme expression et comme transcendance», conclut-il. Mélomanes, vérifions sur pièces. L’expédition démarre lundi au Conservatoire, nous vous informerons de ses étapes.
«Une heure, une oeuvre», lundi 10 novembre, 19h15, Conservatoire de Musique de Genève. Rés. pour ce concert: 022 329 24 00. Programme des journées Webern (jusqu’au 20 novembre [2008] à Genève): www.contrechamps.ch
Paru le 7 novembre 2008 dans Le Courrier




