Festival Archipel: sous les portées, la plage? (29 février 2008, Le Courrier)
ARCHIPEL - Entre monographie et interactivité, le festival, du 4 au 13 avril, conjuguera la transdisciplinarité contemporaine et le Stockhausen de 1968.
Pour sa 17e édition, Archipel, «festival des musiques d'aujourd'hui», ne résiste pas à la tentation d'une affiche académique. La manifestation négocie pourtant cet écueil, moins par la référence appuyée aux sixties – période de rupture avec le sérialisme d'après-guerre, symbolisée ici par le joli slogan «Bruissez sans entraves» – que par l'ambition de ses collaborations interdisciplinaires (art plastique, danse, théâtre). Il faut relever aussi l'exhaustivité du programme consacré à Karlheinz Stockhausen. Disparu en décembre dernier, le compositeur allemand aurait eu quatre-vingts ans cette année. Archipel collabore tous azimuts, notamment avec de jeunes compositeurs. On attend ainsi avec impatience les Vies silencieuses signées Jérôme Combier, qui feront l'ouverture le 4 avril au Palladium. Tramées avec le peintre Raphaël Thierry, lors d'une résidence commune à la Villa Médicis à Rome, elles associent musique et dessins au sable, réalisés durant le concert.
Monument démesuré
Le Théâtre du Grütli fait quant à lui figure de partenaire privilégié, puisqu'on y trouvera une grande part des spectacles et installations du festival (lequel dissémine ses événements dans la cité, du Studio Ansermet aux Halles de l'Ile en passant par les toits de Saint-Gervais). L'alliance est aussi artistique: le Labo d'enfer du Grütli, interrogation collective de la Divine Comédie à la dimension de sa saison, se poursuit dans le cadre d'Archipel, en y impliquant Didier Schuler, l'un de ses compositeurs en résidence.
Le second, Brice Catherin, relèvera avec son ensemble «Car de Thon» la gageure de monter les quatre fois 90 minutes de Aus den Sieben Tagen de Stockhausen. Un monument démesuré de musique «intuitive»: la partition ne comporte pas de notes, mais uniquement des indications pour l'exécution.
Stockhausen est un axe à part entière de cette programmation. Les cinq oeuvres proposées datent toutes de la fin des années soixante (à l'exception de Mikrophonie I), mais proposent chacune une approche différente. On mentionnera Spiral, un répertoire de transformations pour instrument et ondes courtes, Stimmung, une exploration vocale, et Mantra, pour deux pianos et modulateurs, qui inaugure la technique de composition caractéristique du compositeur dans les années septante et quatre-vingt.
Le festival se conclura par une interprétation du célèbre In C de Terry Riley. Premier succès du mouvement minimaliste, cette composition de 1964 se constitue de quelques phrases, à répéter, ainsi que de codes de transition réglant leur succession.
Des spectateurs-participants pourront se l'approprier, puisque l'atelier Play In C, une installation de la plasticienne française Cécile Guigny, permettra à trois groupes de quinze personnes (sur inscription préalable) de «jouer» la pièce en agissant sur différents critères et en suivant les règles d'exécution. Aidés par le chef Eduardo Leandro, ils présenteront leur version de l'oeuvre sur scène.
Installations sonores, couples danseurs/musiciens issus de quatre continents, disciples de Boulez et «tribune des jeunes musiciens»: Archipel aligne de nombreuses propositions, qu'on ne saurait détailler intégralement. Il y aura donc à entendre, à voir et à faire, début avril, en matière de musique contemporaine.
Note : Festival Archipel, du 4 au 13 avril à Genève. Rens: www.archipel.org Loc. billets & abonnements dès le 3 mars.
Paru le 29 février 2008 dans Le Courrier.Image: Stockhausen à Darmstadt en1957, cc-by-sa Deutsches Bundesarchiv





