Archipel en quête du son originel (4 février 2011, Le Courrier)
FESTIVAL - Fin mars, le rendez-vous des musiques d'aujourd'hui interroge la relation entre jeunes compositeurs et glorieux aînés. Il propose aussi un grand programme Xenakis.
BENOÎT PERRIER
A la recherche du «questionnement initial de l'homme sur les sons», le festival de musique contemporaine Archipel présente un programme riche d'une vingtaine d'événements. Ce qui les rassemble? Les «sons premiers», comprendre les éléments de musiques les plus fondamentaux et ceux qui ont formé les jeunes oreilles. Entre concerts, opéra, performances et installations, sept lieux, dont la Maison communale de Plainpalais, résonneront fin mars des sonorités d'aujourd'hui. Et, dix ans après sa mort, d'un grand choix d'oeuvres de Iannis Xenakis. Beaucoup de coproductions dans cette programmation, le partage de charges qui en découle n'y étant pas étranger. Mais c'est aussi l'occasion, une fois l'an, de rassembler dans la région tous les acteurs du contemporain: Contrechamps, Centre international de percussion, AMEG, ensembles Vortex et Namascae, hautes écoles de musique, etc. L'édition 2011 présente cependant nombre de nouveaux venus. Les Swiss Chamber Concerts accorderont Schumann à Xenakis avec le pianiste américain Gilles Vonsattel. Quatre fanfares s'associeront, elles, à l'ensemble Babel pour recréer sur la plaine de Plainpalais la «collision» de plusieurs groupes jouant simultanément, expérience à laquelle Charles Ives (1874-1954) avait assisté et qui a profondément marqué sa musique ultérieure. Le festival investira également le Forum Meyrin, qui accueille la création suisse de Chat perché, un opéra basé sur les contes de Marcel Aymé et fomenté par Caroline Gautier. On notera aussi l'irruption du Fanfareduloup Orchestra, allié au pianiste improvisateur du cru Jacques Demierre, qui proposera une relecture à l'Alhambra des mélodies du jeune Nietzsche.
Souvenirs musicaux pour les uns, univers de l'enfance pour les autres, ainsi se décline la thématique de cette édition: à la fois les premiers sons entendus et la quête d'une refondation de la musique. Ce mélange d'inspiration et de filiation artistiques sera bien illustré par le concert de l'ensemble Contrechamps avec l'hommage à Bach de Harrison Birtwistle (dont le Grand Théâtre monte Punch and Judy dès le 1er avril), les chansons pour George Benjamin ou les traitements radicaux qu'impose Jonathan Harvey à l'orchestre, qui sonne comme si on l'entendait depuis le ventre de sa mère. Pour la redéfinition de la composition, Xenakis sera joué dans cinq concerts. Un grand programme donné par l'ensemble Namascae se concentrera sur ses dernières oeuvres. On attend aussi de pied ferme Nomos Alpha, morceau de bravoure pour violoncelle, de même que le Centre international de percussions jouant Pléiades, Zythos et Psappha. On en oublierait presque les salons d'écoute dédiés à la musique acousmatique (entrée libre) et une performance de Yann Marussich au Grütli sur une partition d'Arturo Corrales. Bref, de quoi faire largement réfléchir le spectateur qui saisira l'occasion pour quêter l'inouï.
Festival Archipel, du 17 au 27 mars dans divers lieux à Genève et Annemasse, www.archipel.org





