Eclats japonais sur l’écran (19 mars 2008, Le Courrier)

20080319_watermagicianstill2edit_thumb2

BENOÎT PERRIER

CONTRECHAMPS• Retour sur la projection mise en musique du «Fil blanc de la cascade» de Mizoguchi, à Carouge, lundi et mardi.

Applaudir au cinéma et voir les interprètes saluer, c’est l’expérience vécue au cinéma Bio à Carouge, lundi et mardi dernier, devant Le Fil blanc de la cascade qu’accompagnait l’ensemble Contrechamps. La salle était comble, et pour cause, tant on ne sait que préférer entre le chef d’œuvre muet de Kenji Mizoguchi (1933), la partition subtile composée l’an dernier par Misato Mochizuki et l’interprétation habitée des solistes réunis pour l’occasion.
Tragédie de l’honneur, l’argument du film se résume en quelques mots: une actrice foraine finance par amour les études d’un jeune magistrat. Volée, elle se retourne contre ses assaillants; la justice la poursuit. De cette ébauche, Mizoguchi peint un film-monde, décrivant avec amour et acuité le monde des forains, la vie quotidienne et l’environnement de ses personnages. Sa caméra virtuose, son montage parfait achèvent le tableau.
Mais ce n’est qu’un début, que complète la musique interprétée en direct. Elle illustre l’image, entre en dialogue, jusqu’à se muer en silence aux paroxysmes de l’intrigue. Les musiciens postés sous l’écran (lechef dirige assis depuis le premier rang!) rivalisent de justesse et figurent un contrepoint visuel de l’action. Mêlant six instruments qui confrontent Japon et Occident classiques, ils font honneur à la composition (de nature à réconcilier d’aucuns avec la musique contemporaine) et à la pellicule (apte à susciter des vocations de cinéaste). Superbe expérience et succès mérité pour Contrechamps et le cinéma Bio

Publié le 19 mars 2008 dans Le Courrier.