Débris de rotatives


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Paul Robert Lloyd

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Archipel a soigné l'édition du dialogue (15 avril 2008, Le Courrier)

BENOÎT PERRIER    

BILAN - Le festival de musique contemporaine se terminait dimanche. Une bonne cuvée.
Marc Texier se dit «content» de l'édition 2008 d'Archipel, sa deuxième en tant que directeur. On ne saurait lui donner tort, au regard de la qualité globale des spectacles proposés et des défis relevés par l'institution. Archipel faisait en effet cette année sa mue et étrennait un éclatement géographique (Grütli, Alhambra, Palladium et Studio Ansermet) qui, s'il a peut-être dérouté les fidèles, a permis «plus de liberté de programmation, nombre de spectacles proposés nécessitant un à deux jours d'installation». Après la rétrospective Stockhausen, très réussie, les collaborations transdisciplinaires étaient l'autre pôle de cette édition, car «si les artistes brisent les chapelles, le festival doit suivre». Elles lui ont donné quelques-uns de ses meilleurs moments: l'installation Play in C de Cécile Guigny autour de l'oeuvre de Terry Riley et Vies Silencieuses (composées par Jérôme Combier, peintes par Raphaël Thierry). Surtout, elles ont ouvert une zone de dialogue, entre artistes mais aussi avec les spectateurs. De même, on a pu voir, après Spiral lundi dernier, le public, visiblement interrogé par la proposition de Stockhausen et de ses interprètes, discuter, poser des questions aux solistes et aux techniciens. Un beau moment d'échange. Comme instants marquants de cette édition, Marc Texier a choisi la performance de Mantra (conclusion du programme Stockhausen samedi) et, une semaine avant, le concert de musique française des années soixante. On le suit: ces deux spectacles (donnés chacun par de jeunes musiciens) étaient d'une musicalité et d'une précision impressionnantes. Un bémol? Peut-être les installations présentées en fin de semaine au Grütli, que le public n'a trouvées qu'avec difficulté. La fréquentation finalement? Un communiqué la qualifie de «soutenue, comparable à l'an dernier(1) », certains événements ayant fait le plein. BENOÎT PERRIER
(1) En 2007, le festival avait drainé 2200 spectateurs.

Paru le 15 avril 2008 dans Le Courrier.

 

L'oeuvre de Terry Riley remise au milieu du village (8 avril 2008, Le Courrier)

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  BENOIT PERRIER    

FESTIVAL ARCHIPEL - Au Grütli de Genève, une installation permet au profane de jouer «In C», un classique minimaliste américain.
On sourcille quand on entend la plasticienne Cécile Grigny affirmer que la qualité essentielle de sa proposition Play in C est de «développer le respect de l'autre, l'échange, la communication». De l'art contemporain dont le souci serait de susciter l'harmonie et le vivre ensemble, en voilà de l'iconoclasme! Trêve de cynisme, car l'artiste pourrait bien avoir raison. Explications.

Sans bagage musical

«De fantastiques formes apparaissent et se désintègrent au fur et à mesure que le groupe avance à travers la pièce.» Ce n'est pas la notice d'un nouveau psychotrope, mais l'une des instructions qui constituent, avec une partition d'une page, In C («en do»). Ce manifeste minimaliste composé par Terry Riley en 1964 se compose de 53 «cellules» (de petits motifs musicaux) qu'on répète, inlassablement, avant de passer au suivant, et ainsi de suite.
Sauf qu'In C se joue à plusieurs et qu'il s'agit dès lors d'avancer ensemble, en concertation (sans chef) dans l'oeuvre. Le participant garde pourtant la main, puisque c'est lui qui décide quand changer de motif et qu'il contrôle l'intonation de la cellule qu'il «habite».
Certes, mais mieux vaut être musicien pour l'expérimenter... Non, et c'est là qu'intervient Cécile Guigny. Sa particularité? «Trouver des synthèses, des passerelles entre les arts». Elle se dit à la fois «fascinée par l'orchestre et frustrée de ne pouvoir participer à cette performance»; la plasticienne a donc développé des instruments «beaux et lisibles» qui permettent à tout un chacun de devenir joueur d'In C. Depuis lundi et jusqu'à vendredi, on peut ainsi, sans bagage musical, participer en équipe à une performance de la pièce.
En guise de matériel, un pupitre: une sorte de lutrin muni d'un exemplaire de la partition, qui joue un instrument préenregistré (violoncelle, marimba, trompette, etc.). L'appareil se pilote par le mouvement, un marqueur lumineux permettant de savoir quelle cellule est en train d'être jouée.


Voyage communautaire

Les volontaires commencent par apprivoiser la pièce et l'instrument, durant une journée, avant de produire publiquement leur In C en soirée. Le groupe peut également intégrer des musiciens accomplis (ici des élèves professionnels du Conservatoire), formant une mixité: un facteur supplémentaire pour «rompre une barrière de compétences». C'est cette forme de l'installation qui est présentée jusqu'à vendredi. En fin de semaine, place à l'autre version de Play in C (parmi les installations Marcher/charmer) à savoir un concert de pupitres, préprogrammé, dont les spectateurs pourront prendre le contrôle s'ils le désirent.
Au bout du compte, le résultat est saisissant, car on voit la musique en train de naître. Les joueurs se cherchent du regard, s'écoutent et coopèrent. Le public, placé librement dans la white box du Grütli, suit leur progression en direct grâce à une projection, et est emporté à son tour dans les flux et reflux tonals d'In C. L'oeuvre devient effectivement un voyage communautaire, qui entraîne l'auditeur au coeur la musique. A ne manquer sous aucun prétexte, en prélude à l'exécution de In C par l'Orchestre du Conservatoire de Genève, en clôture du festival, dimanche à l'Alhambra. I
Note : Play in C par Cécile Guigny, concerts des ateliers aujourd'hui et jeudi à 18h et vendredi à 13h, white box du Théâtre du Grütli (entrée libre, réservation obligatoire: tél: 022 329 42 42).
Play In C, installation dans le cadre de Marcher/charmer (white box du Grütli, de vendredi à dimanche).
In C, par l'Orchestre du Conservatoire de Genève, dimanche à 16h, Alhambra.
Rens: www.archipel.org

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Publié le 8 avril 2008 dans Le Courrier.

 

Ondes en stock à Archipel (5 avril 2008, Le Courrier)

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Ondes en stock à Archipel

GENÈVE Le programme Stockhausen démarre lundi en fanfare avec «Spiral», une performance de musique intuitive pour humains et ondes courtes. Interview de la hauboïste Béatrice Zawodnik.

Des musiciens se débattent avec des radios, leur voix et leur instrument. C’est Spiral, qui ouvre lundi le programme Stockhausen d’Archipel. Composée en 1968, cette pièce est un paradoxe radical: plus de notes sur la partition, seulement des indications et des symboles. Ses interprètes en suivent les instructions pour réagir aux sons qu’ils trouvent sur leur radio. Exécuter cette matrice démesurée est une performance unique, à laquelle se prêteront trois solistes: la chanteuse Céline Hänni, le clarinettiste Pete Ehrnrooth et la hautboïste Béatrice Zawodnik (Contrechamps, Vortex). C’est cette dernière que nous avons rencontrée.

Que pouvez-vous dire de cette composition? Béatrice Zawodnik: Spiral est une partition d’une page et dix pages d’explications, une oeuvre pleine de contraintes et pleine de liberté à la fois. C’est une suite d’événements: il y a donc des périodes de ruptures, mais le vide est également important. Nous avons pris l’option de la jouer chacun vingt minutes mais étant donné sa nature (les durées ne sont pas indiquées), ça aurait pu être complètement différent. Je n’ai vraiment rien vu de semblable jusqu’à présent.

Faut-il jongler pour exécuter Spiral? Oui. Sur scène, l’une de mes mains est occupée à chercher les stations, et j’utilise une pédale pour contrôler le volume des ondes courtes. Je dispose également d’objets sonores: une anche de basson sur un tuyau en métal, un harmonica, une flûte à coulisse.

A quoi les auditeurs doivent-ils s’attendre? Ils seront pris au cœur de la spirale de haut-parleurs, embarqués dans les sons; ils voient une personne seule sur scène mais les sons viennent de partout, transformés. Le rapport entre ce qu’on voit et ce qu’on entend peut du coup se perdre. C’est une nouvelle sensation pour le public, et l’occasion rare d’entendre cette pièce qui nécessite un dispositif énorme.

Comment se préparer pour une telle œuvre? Intégrer les paramètres mais se libérer de la partition était très difficile. J’ai prévu une sorte de parcours, mais comme les ondes proposent à chaque fois autre chose, c’est toujours différent. Le plus important est de se préparer à être vraiment dans l’instant, afin de réussir à réagir.

Festival Archipel. Spiral de Karlheinz Stockhausen par Céline
Hänni (soprano), Béatrice Zawodnik (hautbois), Pete Ehmroot (clarinette) et Thierry Simonot (projection du son). Lundi 7 avril à 20h au Palladium, Genève.


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Dialogue de haut-parleurs

L’Association pour la Musique Electroacoustique Genève (AMEG) autour de la diffusion de la musique acousmatique (la «musique de bandes», préenregistrée mais spatialisée en live lors de son exécution) et de la musique électroacoustique – même type de démarche, associée à des interprètes «classiques».

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Un petit air de voyage (5 avril 2008, Le Courrier)

BEAU LIVRE  L’album collectif «L’Oreille du voyageur» explore les liens entre Nicolas Bouvier, son œuvre et la musique. Une stimulante invitation au voyage.

BENOÎT PERRIER
A 19 ans, Nicolas Bouvier hésitait entre une carrière de pianiste et des études de lettres et de droit. Il a choisi la seconde option, on lui en sait gré. Ses lecteurs mesurent pourtant combien la musique était essentielle pour lui. Pour le dixième anniversaire de la mort de l’écrivain-voyageur, les Editions Zoé se saisissent de cette thématique et offrent un album – un «beau livre» en fait, mais avec du contenu: L’Oreille du voyageur interroge le talent littéraire de Nicolas Bouvier à la lueur de sa passion pour la musique.

UN SÉSAME POUR LE VOYAGEUR

La musique, c’est d’abord un sésame pour le voyageur. C’est le constat que fait Bouvier dans une émission de radio, reportée sur le CD qui accompagne le volume. Aimer la musique d’un peuple, c’est avoir déjà un contact intime et direct avec lui; c’est se trouver en sympathie avec ceux qu’on vient rencontrer; c’est aussi se ménager de nouvelles étapes, à mesure qu’on partage les notes données et qu’on est invité à aller voir tel instrumentiste ou tel chanteur, sûr de vous embraser.
Mais la musique, Bouvier la connaissait avant le voyage. Son grand-père, Pierre Maurice, était compositeur d’opéras, et lui-même assez doué en piano. Il a ainsi pu, en route, noter des chansons (dont certaines sont reproduites dans le livre). Il a aussi enregistré, armé de son Nagra, les musiciens qui croisaient son chemin – des enregistrements rassemblés sur le CD Poussières et musiques du monde, réédité par Zoé en 2004. De là, il n’est que logique qu’il ait écrit sur la musique et elle est au cœur de la rédaction de ses deux livres les plus célèbres, L’Usage du monde (1963) et Le Poisson-scorpion (1981).

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Dialogue sur la dune (4 avril 2008, Le Courrier).

FESTIVAL ARCHIPEL A Genève, «Vies silencieuses» voit s’affronter peinture sable de Raphaël Thierry et musique de Jérôme Combier.
PROPOS RECUEILLIS PAR BENOIT PERRIER
Des figures de sable, changeantes et remaniées, tandis que bruisse la partition de Jérôme Combier: c’est ce qu’on pourra voir, ce soir au Palladium, pour l’ouverture du festival de musique contemporaine Archipel. Le compositeur Jérôme Combier a rencontré le plasticien Raphaël Thierry lors d’une résidence commune à la Villa Médicis, à Rome. Après une première collaboration (une expo pour la Villa), le premier a demandé au second de participer à sa composition Vies Silencieuses: sept pièces, dont l’instrumentation varie (jusqu’à sept musiciens de l’Ensemble Contrechamps), alliées à trois interludes électroacoustiques.
Raphaël Thierry intervient sur certains des morceaux. Installé au fond de la scène, il est placé devant une longue table lumineuse. Un miroir, suspendu, réfléchit vers le public les manipulations qu’il imprime au sable sur cette surface.
Sa musique, Jérôme Combier la qualifie d’«assez riche» (en mélodie, en harmonie et en timbres) et d’«un peu abrupte». Dans le droit fil de la collaboration qu’il nous présente, elle lui semble même «minérale». Sur le papier, leur entreprise paraît séduisante et accessible. Rencontre avec les deux artistes.

Raphaël Thierry, quelle part prenez-vous lors d’une exécution de «Vies Silencieuses»?
Raphaël Thierry: Le principe, c’est celui de l’éphémère. Ce que le public va voir, il ne va le voir qu’une fois avant que cela disparaisse. Comme la musique disparaît après avoir été entendue. Chaque représentation a sa propre identité, c’est toujours une forme différente. J’entends la musique de manière différente et il y a une tentative de dialogue, une expérience réalisée. On évite l’écueil de l’illustration ou du placage d’un art sur l’autre, c’est bien une rencontre entre deux formes d’expression.

Vous peignez en direct, sur scène: vous voilà «performer»?

R. T.: C’est vrai, je me montre, mais ce qui m’intéresse c’est de partager la curiosité d’une image, d’un trait en train d’être tracé. Etre sur scène ne me dérange pas, dans la mesure où l’objet du regard est ce qui est dessiné, pas celui qui dessine.
Jérôme Combier: C’est d’ailleurs assez beau. On voit un travail d’atelier. Quelque chose d’un peu cérémoniel, une ambiance assez étrange... On a aussi l’impression de voir l’artiste travailler avec une matière, pas l’huile, pas la toile, mais le sable.

Jérôme Combier, vous insistez sur la confrontation entre les actions du peintre et des musiciens.
J. C.: Oui, on est dans deux temporalités différentes. Celle de la musique, hyper précise, au quart de seconde, qui a pour support une partition écrite. Et puis celle de Raphaël, beaucoup plus étirée puisqu’il va chercher la forme dans le sable. Il s’attarde sur quelque chose, l’efface... Je tiens beaucoup à créer cette impression que deux événements se déroulent dans des temps complètement différents. Il y a aussi une sorte de fascination, d’hypnotisme quand on est face à cette chose mi-sonore, mi-visuelle. Au bout d’un moment, des connexions se font, sans qu’on sache de quel ordre. On entend des matières...
R. T.: Pour ma part, je suis assez réticent à la transdisciplinarité. Mais lorsque Jérôme m’a proposé cette collaboration, je me suis dit qu’entre la peinture et la musique existe un lien intime. Le dialogue qui s’établit entre la musique et le sable en constitue une forme.

Vies Silencieuses de Jérôme Combier, par Raphaël Thierry et les solistes de Contrechamps, dans le cadre du Festival Archipel. Ve 4 avril, 20h et 22h30 au Palladium, Genève. Loc: Service culturel Migros, Billetterie Ville de Genève (Alhambra), Grütli, etc. Rens: www.archipel.org


BOULEZ ET LES SIXTIES FRANÇAISES
Un clarinettiste se déplace dans la salle et joue face à des groupes de musiciens, successivement, comme s’il visitait ses Domaines. Cette oeuvre de Boulez est à l’honneur de ce concert d’Archipel consacrés aux années 1960 en France. Trois autres pièces l’accompagnent, dont le pôle est Chant contre chant (pour soprano, percussions et piano) de Jean Barraqué, compositeur rare redécouvert ces jours. L’occasion d’entendre un répertoire somme toute peu joué, et de vérifier s’il n’est vraiment que «de transition», entre le sérialisme de l’après-guerre et les avant-gardes à venir.
BPR

«France années 60», sa 5 avril, 20h, Studio Ansermet, Genève

Paru le 4 avril 2008 dans Le Courrier

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