Joyeux bazar cherche public (10 juin 2010, Le Courrier)

  
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 BENOÎT PERRIER

GENÈVE - Deux jours gratuits d'art contemporain et de musique, ce week-end, dans la rue Lissignol et ses appartements.
Mettre l'art dans la rue, et le public avec, tout en investissant des espaces habituellement privés: voici un instantané du contenu de Baz'Art, manifestation qui anime dès demain la rue Lissignol à Genève. Au programme, des propositions d'artistes locaux qui interrogent, entre autres, le couple espace public et espace privé, une thématique judicieuse dans une rue dont les numéros 1-3 et 8 fêtaient l'an dernier vingt années d'habitat collectif (Le Courrier du 13 juin 2009). Une juxtaposition d'oeuvres, de lieux et de personnes qui entend «brasser large, de tout, de rien», plaisante la coordinatrice culturelle de l'événement, Simone Aubert. Et entre les 67 artistes et musiciens invités, les nombreux concerts, projections ou performances, il est vrai qu'on risque la désorientation.


Laver son linge sale en public

Mais guetter un heureux hasard est une manière pertinente d'aborder l'événement. Nombre d'installations s'imposeront ainsi directement au public, comme Mar'hell de Capucine Maréchal, une méga-marelle à la dimension ludique assumée, montant de Highway to Hell à Stairway to Heaven. «Nombre de créations font des clins d'oeil à l'enfance», remarque Simone Aubert, qui espère les voir nombreux ce week-end. Au-dessus de leurs têtes, La grande buée de Reto Crameri: un réseau de cordes à lessive tendues entre les immeubles – dispositif traditionnel projetant l'intime à l'extérieur – qu'habitants et visiteurs sont invités à employer.
D'autres oeuvres se présentent à l'intérieur des immeubles: Yvan le Hyaric expose un pigeon géant (pour partie, une réflexion hyperlocale sur la vie à Lissignol) dans la cour du 8-10, quand Claire Mayet monte un ossuaire de céramique dans l'entrée du 1-3, Nadine Jacquet installant dans la cave de la même allée son Phénomène naturel (matériau: lumière céleste).
Dans les appartements, on écoute des concerts intimistes, de musiques qui ne le sont pas forcément. Citons le violon amplifé d'Agathe Max, les valises sonores de Cédric Hoareau ou le rock seventies déglingué de Gonzo et Mr Wonkey Man. Tout cela sans compter, bien entendu, un «off» fait de propositions non portées au dépliant officiel. Comment donc s'y retrouver? C'est le rôle d'un point d'information, animé par les organisateurs, renseignant les participants; un centre névralgique, accoudé au bar du Baz'Art (tenu par l'équipe du Cabinet) qui, bien logiquement, reconstitue un appartement... à l'extérieur.
Qu'oublie-t-on? Entre autres, force projections, un kaléidoscope géant et une visite-performance immobilière des lieux baptisée Appartement témoin, ou encore la possibilité de contribuer à un fanzine participatif, réalisé dans les locaux d'une ex-imprimerie. Ouf! I
Note : Baz'art, manifestation gratuite sa 12 et di 13 juin, rue Lissignol, à partir de 13h. «Point d'info» dans la cour du n°8. www.baz-art.ch

Paru le 10 juin 2010 dans le Courrier.
Photo CC-BY-NC nicolasnova