Carter, jeune centenaire (5 décembre 2008, Le Courrier)
ANNIVERSAIRE - Elliott Carter, monument de la musique du XXe siècle, est bien vivant: un disque et deux concerts à Genève le fêtent.
Elliott Carter, centenaire dans quelques jours? Plutôt difficile à croire à l'écoute des dernières oeuvres du compositeur étasunien, mises à l'honneur ces prochains jours. Détails et explications avec Daniel Haefliger, violoncelliste et directeur artistique des Swiss Chamber Concerts, qui proposent le l'hommage «Carter 100+» dimanche à Genève. Carter s'est formé dans la rupture musicale du début du XXe siècle, pour ensuite voir, en témoin, se développer toute la musique contemporaine. Pourtant, «s'il a, toute sa vie, observé ce grand débat, son langage a suivi une carrière indépendante de ces bouleversements». On le voit ainsi développer son propre style, «celui d'un vrai musicien, pas d'un idéologue», relève l'interprète.
Rembrandt et Klee
Au coeur d'une musique «qui n'est pas basée sur la séduction», on trouve une exploration du rythme, alliée à une grande connaissance des instruments. Surtout, on rencontre un artisan qui n'a pas eu besoin de dénoncer ses outils, qui a pu se réinventer dans le cadre qu'il a conçu. Daniel Haefliger plaisante en affirmant que «son Lego – son système de composition – lui permet de faire tant du Rembrandt que du Klee». L'image est séduisante, elle rend bien le mélange de tradition classique et de modernité qui est l'apanage de Carter. Cet alliage en fait une porte d'entrée privilégiée vers la musique du XXe siècle.Et le violoncelliste de souligner ensuite que, «dans ses compositions récentes, la liberté est réintroduite. On y trouve plus d'air.» On attend ainsi, dimanche au Conservatoire, le tumultueux Quatuor avec hautbois de 2001, ainsi que la création européenne de Figment IV pour alto (tous deux fraîchement enregistrés, lire ci-dessous). Le programme y apposera des extraits de l'Offrande musicale de Bach, soulignant ainsi l'inspiration qu'il a été pour Carter. Le tout sera radiodiffusé le 11 décembre (Espace 2), date de son anniversaire.
Ajoutons enfin que l'Ensemble Contrechamps, lui, rend hommage au compositeur ce mardi. L'occasion d'entendre notamment le superbe Mosaic de 2004, accompagné d'une «composition picturale» de Caroline Coppey.
Note : > Carter 100 + (Swiss Chamber Concerts), di 7 décembre, 17h au Conservatoire (Place Neuve, Genève). Billetterie FNAC. Rens: www.scc-concerts.ch
> Concert Carter (Contrechamps), ma 9 décembre, Studio Ernest-Ansermet, Genève, présentation à 19h15, concert à 20h. Rés: 022 329 24 00.
«HAPPY BIRTHDAY, ELLIOTT CARTER!»: JOLI CADEAU POUR UN ANNIVERSAIRE EXCEPTIONNEL
«Vous qui entrez ici, gardez tout espoir!» Voilà ce qu'on pourrait inscrire au frontispice de ce disque, tout entier consacré aux oeuvres récentes d'Elliott Carter. En effet, point de sécheresse ici, point d'aridité. C'est au contraire un album accessible et lumineux que nous proposent les Swiss Chamber Soloists – extension discographique des Swiss Chamber Concerts.
La raison de cette excellente surprise? D'abord un séquençage très judicieux. Daniel Haefliger préconise de l'aborder «comme une promenade» et il a raison. Divisons-là en trois parties: le premier groupe présente les compositions les plus directes, dont deux premières gravures. Mosaic (2004) pour ensemble avec harpe donne le ton en proposant une superbe succession de scènes, comme une déambulation inquiète et radieuse à la fois. Figment IV (2007), pièce pour alto, lui succède. Et la séquence de se conclure par les Enchanted Preludes de 1988, duo pour flûte et violoncelle qui saisit par ses superpositions et sa diversité.
Coup de maître que ces trois pièces d'ouverture, magnifiques et d'une facture claire, convainquant l'auditeur de poursuivre avec Tempo e Tempi, recueil pour soprano et ensemble, avant d'aborder, finalement, le dernier groupe, le plus exigeant qui se conclut par le très impressionnant Quatuor avec hautbois de 2001, fort affairé, troublé et tempétueux. Notons enfin que ce programme, à la musicalité certaine, montre une clarté de jeu qui force le respect, tant elle sert ces partitions, les enlumine et facilite leur réception.
Note : Happy Birthday, Elliott Carter! – New Chamber Works, Swiss Chamber Soloists Edition vol. 2, NEOS/Disques Office.
Paru le 5 décembre 2008 dans Le Courrier
Photo © sherpes




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