Débris de rotatives


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Paul Robert Lloyd

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Avec Contrechamps, Hugues Dufourt revient sur «Saturne» (28 septembre 2010, Le Courrier)

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   PROPOS RECUEILLIS PAR BENOÎT PERRIER    

MUSIQUE CONTEMPORAINE - Contrechamps et le CIP relèvent les compteurs de la musique spectrale en jouant Gérard Grisey et Hugues Dufourt. Rencontre avec ce dernier.
Le timbre comme étendard, c'est ce que proposait, en musique contemporaine, le courant spectral dès les années 1970. Le spectre en question? Celui qui décrit la proportion d'harmoniques qui compose la sonorité d'un instrument donné. Or, le connaître, c'est pouvoir le manipuler directement.
Une génération de compositeurs a orienté ses recherches et ses oeuvres dans cette voie. Ce soir, l'Ensemble Contrechamps allié au Centre international de percussion (CIP) en honore deux en donnant Sortie vers la lumière de Gérard Grisey, décédé en 1998, et Saturne de Hugues Dufourt.
Nous avons rencontré ce dernier pour évoquer cette composition de 1978 pour instruments à vent graves, percussion et lutherie électronique. En 2010, l'exécuter est un défi tant la technique de l'époque à laquelle elle a été composée la marque.
Après avoir évoqué sa formation à Genève auprès de figures hautes en couleur, comme le pianiste Louis Hiltbrand («J'étais le canard boiteux auquel il a donné sa chance, je ne lui en serai jamais assez reconnaissant») ou le compositeur Jacques Guyonnet, l'agrégé de philosophie, né en 1943, détaille le chemin qui l'a ramené à Saturne.

En 1978, cette composition représentait l'aboutissement d'un programme de recherche sur l'instrumentation.
Hugues Dufourt: Oui, j'ai constitué avec Tristan Murail toute une organologie électronique, un ensemble d'instruments. Or, nous avions fait le choix d'une technique analogique avec quelques conceptions modulaires. Mais l'ordinateur se mettait en place comme outil de composition et a tout balayé en cinq ans. Je croyais donner une oeuvre fondatrice et je me suis trompé du tout au tout.


Cette évolution rend difficile une exécution de «Saturne» aujourd'hui.
Nous avons réalisé des miracles techniques pour la reconstituer. Ne serait-ce que pour arriver à cerner le problème, qui était à la fois historique, technologique et relevant de la restauration. On ne pouvait ni numériser intégralement les résultats sonores, ni restaurer les instruments de A à Z. Ce sont des sons réélaborés il y a quinze ans – alors qu'on avait encore une mémoire fraîche – qui nous ont sauvés.


Restaurer une oeuvre de seulement trente ans, voilà une situation que ne rencontrerait pas un compositeur «acoustique».
Et pourtant. La trompette ou le trombone, par exemple, sont des instruments qui évoluent à grande vitesse. Dans notre cas, cette «accélération» nous a permis de prendre conscience de spécificités de l'histoire de la musique. Il y a des sons des années 1970 que seuls une sensibilité et la technologie de l'époque ont pu produire. Dix ans après, vous ne pouvez pas les reconstituer.

Pour l'auditeur de ce soir, des consignes d'embarquement?
Il devrait se laisser emporter par ce flot de la fin des années 1970. Tout ce que j'ai pu écrire était conditionné, porté par ces mouvements politiques qui remontent à 1968, à la lutte contre la guerre du Vietnam, à l'accueil des réfugiés de dictatures latino-américaines. Ces facteurs étaient violents, mais ils ne manquaient ni de souffle ni de tragique historique. On s'est ensuite «momifié» dans le néolibéralisme, avec des musiques qui y ressemblent.

Et aujourd'hui, qu'est-ce qui vous pousse à vous asseoir à la table pour composer?
Aborder des problèmes à grande échelle: la grande forme, la grande durée, notamment. On ne manie pas cela aisément à 40 ans, ni à 50. Aujourd'hui, je me sens davantage en mesure de les affronter. Il y a une nécessité interne qui fait que la tâche n'est pas finie. I

Paru le 28 Septembre 2010 dans Le Courrier
Photo, statue de Cronos au cimetière de Staglieno (Italie), via Wikimedia Commons

 

Quatre jours à marteler (3 février 2009, Le Courrier)

   BENOÎT PERRIER    

MUSIQUE - Dès demain, le Festival Batteries! donne le tempo à Genève.
C'est une affiche pléthorique mais cohérente que propose à Genève entre mercredi et samedi le Centre international de percussion (CIP) pour la seconde édition de son Festival Batteries! L'idée est pertinente: associer différents acteurs de la place – AMR, Cave 12 ou Kab – pour brosser un panorama de la percussion. Autant dire que ça va cogner sec et que les surprises abonderont, avec un contingent scandinave de choc, un monument de souffle, du chant Renaissance ou des virtuoses germaniques. La première soirée, demain au Kab de l'Usine, frappera un grand coup. Ce sera l'occasion d'entendre le légendaire saxophoniste free Peter Brötzmann (agitateur sonique depuis les sixties), dans le trio qu'il forme avec le vertigineux bassiste Marino Pliakas et le batteur et compositeur suisse Michael Wertmüller, dompteur de l'impossible rythmique. Une collaboration locale précédera cet événement attendu: la rencontre entre Antoine Läng à la voix et le duo Diatribes (l'électronicien D'Incises et le batteur Cyril Bondi). Après cette déflagration, le festival instillera des effluves plus jazz, à l'AMR. En tête d'affiche, un duo entre l'espoir danois de la batterie Stefan Pasborg et le guitariste français Marc Ducret. La surprise pourrait pourtant venir du trio qui les précédera, nommé Mural et formé autour du batteur norvégien Ingar Zach (la page Myspace de la formation distille une improv-ambient joliment intrigante). Jeudi, la programmation s'éloignera de ces rivages improvisés. Le public du Studio Ansermet sera ainsi le témoin de la première venue à Genève du phénomène Terje Isungset, batteur norvégien qu'on a vu jouer et enregistrer sur des instruments de glace! Il se produira avec les chanteurs de l'ensemble Séquence et les accompagnera dans des oeuvres vocales de la Renaissance (Lassus et Janequin notamment). Association risquée, naturellement, mais il est possible qu'ils transforment l'essai. Le dernier concert, également à Ansermet, sera tout entier composé de musique écrite. Les solistes du CIP y rencontreront les renommés berlinois du Kammerensemble Neue Musik, pour des oeuvres de Sciarrino, du John Cage tardif et de Michael Wertmüller. Le programme opposant, pour chaque compositeur, pièces pour percussions solo et pièces pour ensemble sans percussions, la confrontation sera sans doute instructive.
BENOÎT PERRIER
Note : Festival Batteries! II, du me 4 au sa 7 février (divers lieux). Rés. tél: 022 329 85 55. Infos: www.cipercussion.ch

Paru le 3 février 2009 dans Le Courrier.

 

Rencontre percutante au Studio Ansermet (7 mai 2008, Le Courrier)

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CONCERT• La jeune percussionniste Yi Ping Yang rencontre jeudi le CIP à Genève.

«Aller au-delà du concert. Aller vers un moment, un événement». C’est le credo de Jean Geoffroy, directeur artistique du CIP (Centre international de percussion). Espiègle, il ajoute: «Et on le fait vraiment!» Ce jeudi, c’est un regard cosmopolite que promène son institution, qui invite au Studio Ansermet Yi Ping Yang, percussionniste originaire de Taïwan, et lui adjoint cinq complices. Au programme de Est(s), la confrontation de créations (toutes dédiées à la jeune femme) et d’un classique, Hiérophonie V de Yoshihisa Taïra (compositeur disparu en 2005), le tout «très filé, dans une même geste et une même perspective musicale». Les différentes parties de Drama (de Guo Wenjing), pour trio de percussions, viendront rythmer le concert à cette fin.
C’est à une expérience qu’invite le CIP: celle d’un continuum qui permettra de découvrir la création mondiale (par la percussionniste) de Parhelion, du compositeur sinocoréen Chengbi-An; mais aussi de voir interpréter Geste Immobile et Une brisure intangible, deux pièces créées par Yi Ping Yang l’an dernier; et enfin, d’assister à une improvisation sur des poèmes chinois.
Le programme doit se conclure en apothéose avec la pièce de Taïra datée de 1975 («parce qu’on ne saurait pas très bien quoi faire après!»), une œuvre marquante de la percussion, augmentée «de cris, de gestes, de silence.» Les artistes, en répétition, en ont la voix rauque. «Une réaction en chaîne», illustre Damien Darioli. «Les interprètes sont tributaires les uns des autres dans leur exécution», explique Jean Geoffroy. Ce qui implique «de la complicité et une écoute très pointue entre musiciens.» Proposition alléchante, en définitive, que cet Est(s). A juger sur pièces, demain soir au Studio
Ansermet.
BENOÎT PERRIER

Est(s), concert de percussions, je 8 mai, 20h30, Studio Ansermet (Maison de la Radio, Genève). Rés: 022 329 85 55. Rens: www.cipercussion.ch

Paru le 7 mai 2008 dans Le Courrier.
Photo © 2008 Yi Ping Yang

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