Délices d’incertitude (22 octobre 2008, Le Courrier)

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CONTEMPORAIN • Lumineux, Prégardien ouvre la saison genevoise de Contrechamps

Il y avait foule pour cette incontestable réussite: dimanche, c’était la rentrée de l’ensemble genevois Contrechamps. Christoph Prégardien venait chanter le Voyage d’hiver de Schubert, dans l’interprétation composée et proposée en 1993 par Hans Zender. Celle-ci fait fi du seul piano original, évacué au profit d’un orchestre contemporain constitué d’une ribambelle d’interprètes et d’instruments. Devant eux, Prégardien était et chantait. A ce stade de maîtrise et de grâce, on est réduit à l’évoquer ainsi, tant il incarne, au degré le plus pur, ces deux notions, celle de présence et celle d’interprétation. Impérial, triomphateur, il nous rappelait pourtant aussi son statut d’être mortel. Diction imparable, justesse, articulation, tout était parfait. Mieux: tout était choisi, réfléchi et habité. Il a laissé le public sans voix. Hormis la sienne, hormis les bravi. Derrière lui se déroulaient les tapisseries postmodernes filées par Hans Zender. Le compositeur offre en fait du Schubert, mais passé au tamis des innovations techniques et stylistiques du 20e siècle. Sa relecture tiraille d’ailleurs sans répit les catégories du «classique» et du «contemporain»; toujours se dérobant, elle alterne grâce, dissonance et parodie. Et surtout, joue, abruptement, avec nos préjugés et nos acquis, pour proposer une vision multiple à la fois directe et diffractée. Aux côtés du météore Prégardien, l’oeuvre était brillamment servie par Contrechamps, sous la direction attentive de Stefan Asbury.

Une image et un son, pour conclure ce tableau. Le ténor, un micro à la main, comme croonant un lied depuis une scène de Vegas. Le melodica, mélangé à la trompette, rendant une sonorité inouïe, qui hante sans doute encore tous ceux qui l’ont entendue.
BENOÎT PERRIER

Paru le 22 octobre 2008 dans Le Courrier
Photo CC-BY-SA glasseyes view