Débris de rotatives


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Paul Robert Lloyd

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Carton Plein (Friendly Fires, «s/t») (7 mars 2009, Le Courrier)

CD • ÉLECTRO-ROCK

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Un sans-faute pour Friendly Fires, jeune groupe anglais dont le premier album offre dix titres mémorables. Ces tirs fratricides (le friendly fire est l’équivalent militaire de l’autogoal) trouvent tous leur cible, au carrefour de l’électronique, d’un funk blanc très eighties et d’une noise-pop du meilleur effet. Au premier genre, les chansons empruntent leurs sonorités ou des éléments de structure (montées, breaks et effets); au deuxième, elles doivent leur rythmique un peu rigide mais toujours efficace. Dans le troisième, enfin, elles puisent une attention à la texture qui donne à ces hymnes une qualité Cinémascope. Chaque morceau propose trois idées à la minute, or le résultat est cohérent. C’est sans doute la conséquence d’une production très intelligente. On sent que les compositions ont été passées, repassées, éditées jusqu’à en extraire une substantifique moelle, propice à enflammer les dancefloors comme à emporter l’amateur anachorète. Une réussite à la profusion rythmique enchanteresse, un disque qui pense et qui danse.
BENOÎT PERRIER

FRIENDLY FIRES, FRIENDLY FIRES, XL

[Album également évoqué à l'antenne des Bruits du Frigo.]

(download)

Friendly Fires - Paris (Aeroplane Remix, feat. Au Revoir Simone)

Paru le 7 mars 2009 dans Le Courrier
Photo CC-BY-NC-ND jcbehn

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Steinski, justiciable débonnaire (13 février 2009, Le Courrier)

  
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BENOIT PERRIER    

ELECTRO Révéré dans le hip-hop, inconnu à l'extérieur, Steve Stein, alias Steinski, est une légende. Entretien.
«Ma femme aime penser que, sur le plan légal, j'ai une réputation trouble.» Il est affable, Steinski, vif et plein d'esprit. Et son épouse a raison, ses oeuvres – de fabuleux collages sonores, réalisés à partir de sources préexistantes – flirtent avec la légalité. Mais ses productions, surtout, ont influencé tout ce que la planète compte de platinistes et de manipulateurs soniques. De passage pour un set au Zoo de l'Usine (à l'occasion du Festival Black Movie), nous avons pris le café avec cette légende du hip-hop. Au menu, dialoguistes, droits d'auteur et mousse au chocolat.
Flashback. L'anecdote est gravée dans le vinyle, nous sommes en 1983 et le label Tommy Boy propose un concours: remixer le titre «Play That Beat, Mr DJ» de G.L.O.B.E. & Whiz Kid. Steve Stein est publicitaire, trentenaire, il claque son salaire en disques; son ami Douglas Di Franco travaille, lui, dans un studio d'enregistrement. Les deux compères s'y enferment un week-end. Ils en sortent avec un remix, assemblage cohérent de bribes d'enregistrements puisées largement dans la collection de Stein. Ils gagnent le concours; le duo Steinski et Double Dee est né.


«C'est dur d'être imbu de soi-même»

Seul problème, publier un tel enregistrement est un cauchemar légal s'il faut déclarer les emprunts et payer les droits. C'est le début d'une carrière nécessairement confidentielle, faite de morceaux «insortables» au sens juridique du terme. Cela ne trouble que peu notre protagoniste: «Faire de tels morceaux était tellement naturel qu'on ne s'est pas posé de questions sur la légalité du procédé.» D'ailleurs, explique-t-il, «je n'y pense même pas. Quand je fais un morceau je me demande s'il est bon, pas si c'est légal.»
Cette posture détachée s'explique mieux quand on sait que Steinski et son complice ont toujours fait de la musique une activité secondaire, pas forcément rémunératrice. Remarque qui ouvrait notre entretien: «C'est dur d'être imbu de soi-même quand on mène une existence banlieusarde standard, à faire des pubs dans son sous-sol.» Toutefois, s'il pouvait aménager la législation sur le droit d'auteur, il le ferait. «Elle limite nombre d'artistes. Pour qu'ils exercent leur talent, il faudrait supprimer cette menace.»
Après cinq morceaux à quatre mains, Di Franco veut faire une pause. Steinski, lui, souhaite continuer. C'est à ce moment qu'une nouvelle facette de son travail apparaît, des morceaux qui évoquent un événement ou un contexte bien précis. Le premier d'entre eux, «The Motorcade Sped On», évoque avec maestria l'assassinat de Kennedy à l'aide d'archives sonores. Lançant Steinski sur ce sujet, on se rend compte qu'il est fasciné par la voix, les mots. Pour lui, les enregistrements parlés (spoken word) sont des solos vocaux. «Quand Malcolm X ou un artiste comme Danny Hoch dit quelque chose d'une certaine façon, ça a une double résonance: la performance et le message.» On sent qu'on touche là sa «singularité»: depuis son enfance, il «s'intéresse à la manière dont les gens parlent».


Quand Al Pacino hurle, «ça devient bon»

On n'y résiste pas et on lui demande s'il a des dialoguistes favoris. Il cite David Mamet (Glengarry notamment, qu'il a «samplé à mort» sur son mix «Nothing To Fear»). Il cite aussi un auteur de polars, George V. Higgins (Les Copains d'Eddie Coyle). «Ses premiers romans décrivent des petits criminels à Boston. Il était procureur, les dialogues sont parfaits.» Il ajoute à la liste les tirades d'Al Pacino, «parce que dans chaque film ou presque, il commence à hurler. Et quand il commence à hurler, ça devient vraiment bon.»

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Friendly Fires - «s/t», chronique radio (9 février 2009, Les Bruits du Frigo, Radio Cité)

Chronique de l'excellent premier disque des Friendly Fires, album également traité dans les colonnes du Courrier.
Animation : Pascal Knoerr.

(download)

Friendly Fires, s/t, XL

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Diffusé le 9 février 2009 dans les Bruits du Frigo sur Radio Cité
Photo CC BY-NC Kevin M. Murphy

Tout l'univers (Simon Bookish - Everything / Everything) (7 février 2009, Le Courrier)

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CD • POP D’AVANT-GARDE

Une sensation surgie de nulle part que ce «studieux Simon»: après deux albums composés sur laptop, le voilà qui cède aux sirènes de la musique électronique (dans la forme, les procédés) réalisée avec des instruments acoustiques. Périlleuse tentation, sauf qu’il se tire brillamment de ce piège en faisant jouer ses spécificités. Lesdits instruments sont en effet principalement des cuivres, qu’il utilise à la manière des minimalistes américains, en ondulations obstinément répétées (on pense beaucoup à Philip Glass). Mais surtout, le tout est au service d’une pop exploratoire, de véritables chansons aux textes intrigants et d’une rare qualité. Si l’on ajoute qu’ils sont servis par une voix d’une évidence rare (quelque part entre Brett Anderson et Neil Hannon), on en conclut nécessairement que ce recueil est fort recommandé.
BENOÎT PERRIER SIMON BOOKISH, EVERYTHING / EVERYTHING, Tomlab

Paru le 7 février 2009 dans Le Courrier

Héphaïstos et Apollon (6 février 2009, Le Courrier)

MUSIQUE • Michael Wertmüller, agent double, interprète «free» et compositeur est à l’honneur du Festival Batteries! Rencontre.

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BENOÎT PERRIER
Il joue mais regarde de côté, à l’écoute, à l’affût. A sa droite, raide comme la justice, Marino Pliakas égrène inexorablement sa basse. Devant lui, Peter Brötzmann, légende du free jazz, s’obstine sur son saxophone, éructe, s’adoucit parfois. Lui, c’est Michael Wertmüller, batteur et compositeur suisse. A l’invitation du Centre international de percussion (CIP), d’autres joueront ses oeuvres samedi pour conclure le Festival Batteries! Mercredi au Kab, il donnait de sa personne au sein du trio Full Blast. On l’y a vu tour à tour tribal, lyrique ou simple accompagnateur, acteur d’une performance renversante, émouvante, qui a fait l’unanimité au sein du public. Nous l’avons rencontré, peuavant sa prestation.

Technique et liberté

Après une formation à la Swiss Jazz School, Wertmüller est passé par les conservatoires (classiques) de Berne et d’Amsterdam. Quand on l’interroge sur ce parcours inhabituel, il explique avoir grandi avec la musique symphonique et voulu «comprendre comment elle est construite».
S’il aime beaucoup le jazz, il pense que cette musique «provient plus d’une manière de penser ou de voir. Pour étudier le jazz, il faut en faire.» Après la percussion classique, il se tour-ne donc vers la composition, notamment à Berlin avec Dieter Schnebel, une figure reconnue. Il le cite en premier quand on lui demande ses influences et y ajoute Ligeti, Xenakis, Stockhausen. Ce qu’il a appris de plus important de Schnebel? «La nécessité d’avoir des bases techniques sur lesquelles développer son propre style, concevoir ses propres solutions. Il s’agit d’être libre dans sa pensée et ses actions de compositeur, tout en disposant de cet arrière-plan.»
Il ne voit pourtant aucune contradiction entre son activité de composition et son métier d’improvisateur. «Je fais ma propre musique, peu m’importe si c’est du jazz ou de la musique contemporaine. Quand j’écris, je suis dans le même état d’esprit que quand je joue.» L’aspect le plus important de son travail, c’est «le développement de nouveaux points de vue sur la manière d’organiser le temps», une manière pertinente de rassembler ses deux identités. Chez Ligeti par exemple, il aime «ces mouvements lents, mais composés de milliers de sons, comme une grande vague ou une grande respiration».
A-t-il des souvenirs mémorables en tant que compositeur et en tant qu’interprète? Il surprend quand, après s’être creusé la tête, il cite un concert du trio Full Blast, trois semaines auparavant, et une performance d’une de ses oeuvres, il y a deux semaines. Très loin d’une posture de mandarin, on voit surgir le musicien, celui qui ne parle pas de carrière mais bien de «route», de «boulot». Et de confesser un projet fou, un rêve: «composer un opéra».
Notations (Cage, De la Fuente, Sciarrino, Wertmüller) par le Kammerensemble Neue Musik et les solistes du CIP, sa 7 février à 20h30, Studio Ansermet. Rés. 022 329 85 55, www.cipercussion.ch


FULL BLAST, NUANCES RADICALES

Le trio mérite son nom. C’est bien une «déflagration totale» que nous offrent Peter Brötzmann (saxes), Michael Wertmüller (batterie) et Marino Pliakas (basse). Edités par Wertmüller à partir de sept heures de séances, les morceaux de leur «trou noir» ont des titres qui filent une métaphore quantique, entre boson de Higgs et Grand Collisionneur de Hadrons. L’évocation est adéquate quand on entend le résultat. Dans Black Hole, les instrumentistes semblent bien sculpter l’espace et le temps, au burin de leurs incantations free. Ils proposent un voyage jusqu’au-boutiste mais savoureusement varié: tel brûlot obstiné («Suzy») évoque ainsi un Miles fin sixties, là où la pièce de résistance «Protoneparcel», monstrueux crescendo, semble bien plus courte que ses dix minutes. Ailleurs, on jure croiser du post-bop (l’intro d’«Alice»), tandis qu’«Atlas» a une base plus groovy. Sur l’auditeur, ces pistes ont un effet décidément paradoxal, qu’elles suscitent une sérénité zen à leur paroxysme ou que l’inquiétude surgisse dans leurs instants les plus calmes. En définitive, cet album est une expérience saisissante et réussie, beaucoup plus accessible que ne le promet son étiquette.
BPR
Full Blast (Brötzmann/Pliakas/Wertmüller), Black Hole, Atavistic Records.

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Paru le 6 février 2009 dans Le Courrier
Photo © Branislav Grebecí

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