Débris de rotatives


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Paul Robert Lloyd

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Vortex, cinq ans à l'avant-garde et un premier bilan (14 octobre 2010, Le Courrier)

MUSIQUE CONTEMPORAINE - L'ensemble genevois ne joue que de jeunes compositeurs, un défi qui lui réussit. Rencontre avant un week-end de fête. 

BENOÎT PERRIER  

«Pas de compositeur célèbre, ni vieux, ni mort», lâche Daniel Zea, le sourcil souriant. Par cette maxime, le musicien colombien résume le projet de l'ensemble Vortex: jouer les partitions d'aujourd'hui, et rien qu'elles. Un pari audacieux: ne les a-t-on pas souvent incités à mettre au programme quelques «noms» pour attirer le chaland? La formation s'est pourtant tenue à sa contrainte de départ et fête ses cinq ans par des concerts et une soirée électronique ce week-end (lire ci-dessous). Retour avec Daniel Zea et la hautboïste Béatrice Zawodnik sur un parcours qui défriche.


Une quarantaine d'oeuvres inédites

Au commencement, six instruments: violon, contrebasse, hautbois, guitare, percussions et électronique. Formation hétéroclite, mais Béatrice Zawodnik explique que l'ensemble s'est fondé sur des personnes, celles qui entendaient défendre la jeune musique, pas sur des pupitres déterminés à l'avance. Dès le début, quatre compositeurs (dont Daniel Zea) sont partie prenante de l'entreprise, fournissant des pièces et contribuant à la direction artistique collégiale de Vortex. «Nous jouons de la musique contemporaine de chambre, précise la hautboïste. Notre travail sans chef, collectif, est lui aussi une prise de risque.»
Visiblement, la recette fonctionne. En cinq ans, Vortex a joué plus de quarante créations en première mondiale et fidélisé un public «plutôt jeune, et pas uniquement constitué de musiciens». L'ensemble venait combler un manque, une «place à prendre» qui vient avec ses difficultés. Au premier rang desquelles, le financement. «Réaliser neuf premières par année est un énorme sacrifice budgétaire, précise Daniel Zea. Nous voudrions pouvoir mieux payer les compositeurs, être plus encore le moteur de la création.»


L'heure du bilan

Le plus dur jusqu'ici? La réponse de la hautboïste fuse: «Recevoir les partitions une semaine avant le concert». Sa corporation incriminée, Daniel Zea sourit, botte en touche et évoque le casse-tête que constitue la programmation d'oeuvres jamais jouées. Il donne l'exemple du compositeur italien Emanuele Casale, invité pour sa radicalité, qui a livré à Vortex la création la plus classique que l'ensemble ait jamais donnée.
Alors, prêts pour dix ans de plus? Les deux camarades acquiescent, mais on sent bien que pour un ensemble dont la fraîcheur définit le projet, cinq années représentent une somme. «Les jeunes compositeurs du début ne sont plus si jeunes», rit Daniel Zea. Ce qui ne l'empêche pas de rêver à «plus grand: plus d'instrumentistes, davantage de liens pour accroître les possibilités de l'ensemble».
Béatrice Zawodnik prolonge la réflexion: «Rester statique est la mort de ce genre de structure. Cinq ans est un bon moment pour faire un bilan.» D'ici là, le public connaîtra un week-end festif et riche en propositions. Quant à Vortex, il reviendra lundi au Studio Ansermet enregistrer un disque pour l'étiquette NEOS, sa future carte de visite. 


ENSEMBLE SOUS TOUTE LES COUTURES

Ce week-end, l'ensemble de musique contemporaine dévoile quatre de ses facettes. Samedi affiche les musiciens de l'ensemble, accompagné d'invités (accordéon, flûte, violoncelle et clarinette) dans cinq créations, dont Electric Spanking de Daniel Zea. La fête se déplace ensuite au Pachinko, aux Grottes, pour une soirée sous-titrée «Famous & Obscure Music Around the World»: elle promet quand on sait que John Menoud, homme aux sélections pointues, est l'un des compositeurs de Vortex.
Dimanche, retour au Studio Ansermet et programme mettant en vedette les élèves de cordes du Conservatoire populaire dans des partitions contemporaines. Conclusion enfin avec «Vortex électronique», une cérémonie de pure musique acousmatique. BPR
Note : «Concert de créations», sa 16 octobre, 20h. «Soirée Mucha Muchacha», sa 16, 23h. «Mythes légendes et parasites pixels», di 17, 17h. «Vortex électronique», di 17, 19h. Au Studio Ansermet (Passage de la Radio 2), sauf «Mucha Muchacha» au Pachinko (Rue des Amis 9). Rens: www.ensemblevortex.com

Paru le 14 Octobre 2010 dans Le Courrier

 

Avec Contrechamps, Hugues Dufourt revient sur «Saturne» (28 septembre 2010, Le Courrier)

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   PROPOS RECUEILLIS PAR BENOÎT PERRIER    

MUSIQUE CONTEMPORAINE - Contrechamps et le CIP relèvent les compteurs de la musique spectrale en jouant Gérard Grisey et Hugues Dufourt. Rencontre avec ce dernier.
Le timbre comme étendard, c'est ce que proposait, en musique contemporaine, le courant spectral dès les années 1970. Le spectre en question? Celui qui décrit la proportion d'harmoniques qui compose la sonorité d'un instrument donné. Or, le connaître, c'est pouvoir le manipuler directement.
Une génération de compositeurs a orienté ses recherches et ses oeuvres dans cette voie. Ce soir, l'Ensemble Contrechamps allié au Centre international de percussion (CIP) en honore deux en donnant Sortie vers la lumière de Gérard Grisey, décédé en 1998, et Saturne de Hugues Dufourt.
Nous avons rencontré ce dernier pour évoquer cette composition de 1978 pour instruments à vent graves, percussion et lutherie électronique. En 2010, l'exécuter est un défi tant la technique de l'époque à laquelle elle a été composée la marque.
Après avoir évoqué sa formation à Genève auprès de figures hautes en couleur, comme le pianiste Louis Hiltbrand («J'étais le canard boiteux auquel il a donné sa chance, je ne lui en serai jamais assez reconnaissant») ou le compositeur Jacques Guyonnet, l'agrégé de philosophie, né en 1943, détaille le chemin qui l'a ramené à Saturne.

En 1978, cette composition représentait l'aboutissement d'un programme de recherche sur l'instrumentation.
Hugues Dufourt: Oui, j'ai constitué avec Tristan Murail toute une organologie électronique, un ensemble d'instruments. Or, nous avions fait le choix d'une technique analogique avec quelques conceptions modulaires. Mais l'ordinateur se mettait en place comme outil de composition et a tout balayé en cinq ans. Je croyais donner une oeuvre fondatrice et je me suis trompé du tout au tout.


Cette évolution rend difficile une exécution de «Saturne» aujourd'hui.
Nous avons réalisé des miracles techniques pour la reconstituer. Ne serait-ce que pour arriver à cerner le problème, qui était à la fois historique, technologique et relevant de la restauration. On ne pouvait ni numériser intégralement les résultats sonores, ni restaurer les instruments de A à Z. Ce sont des sons réélaborés il y a quinze ans – alors qu'on avait encore une mémoire fraîche – qui nous ont sauvés.


Restaurer une oeuvre de seulement trente ans, voilà une situation que ne rencontrerait pas un compositeur «acoustique».
Et pourtant. La trompette ou le trombone, par exemple, sont des instruments qui évoluent à grande vitesse. Dans notre cas, cette «accélération» nous a permis de prendre conscience de spécificités de l'histoire de la musique. Il y a des sons des années 1970 que seuls une sensibilité et la technologie de l'époque ont pu produire. Dix ans après, vous ne pouvez pas les reconstituer.

Pour l'auditeur de ce soir, des consignes d'embarquement?
Il devrait se laisser emporter par ce flot de la fin des années 1970. Tout ce que j'ai pu écrire était conditionné, porté par ces mouvements politiques qui remontent à 1968, à la lutte contre la guerre du Vietnam, à l'accueil des réfugiés de dictatures latino-américaines. Ces facteurs étaient violents, mais ils ne manquaient ni de souffle ni de tragique historique. On s'est ensuite «momifié» dans le néolibéralisme, avec des musiques qui y ressemblent.

Et aujourd'hui, qu'est-ce qui vous pousse à vous asseoir à la table pour composer?
Aborder des problèmes à grande échelle: la grande forme, la grande durée, notamment. On ne manie pas cela aisément à 40 ans, ni à 50. Aujourd'hui, je me sens davantage en mesure de les affronter. Il y a une nécessité interne qui fait que la tâche n'est pas finie. I

Paru le 28 Septembre 2010 dans Le Courrier
Photo, statue de Cronos au cimetière de Staglieno (Italie), via Wikimedia Commons

 

Neil Hannon chante un peu (24 septembre 2010, Le Courrier)

(download)
   PROPOS RECUEILLIS PAR BENOÎT PERRIER, AVEC LA COLLABORATION DE PASCAL KNOERR 

POP - Le leader de The Divine Comedy était de passage à Genève mercredi soir pour un concert mémorable. Rencontre.
On s'en doutait. La musique de Neil Hannon a beau enchanter, le sel de son oeuvre se trouve pour grande part dans ses textes. Avant son concert d'hier (lire ci-dessous), l'incarnation de la pop lettrée confirme ce sentiment («Mon existence est justifiée par l'écriture de chansons sur 'des vraies choses', pas sur des émotions cucul la praline»); et l'animateur de The Divine Comedy de se décrire comme un «auteur qui chante un peu». Un agenda ouvert et une tasse de thé posés devant lui, le Nord-Irlandais évoque sa technique et ses préoccupations de songwriter.


Cherche-t-on à accroître son public après vingt ans de carrière?

Neil Hannon: J'ai toujours une fibre «évangélique», à la recherche de nouveaux «disciples» (il rit), mais pas autant qu'à mes débuts, où je forçais les gens à entendre mes chansons. Ça s'est calmé et aujourd'hui je suis content que les gens y viennent d'eux-mêmes, si ça leur chante.


A propos d'apaisement, les textes de votre dernier disque (Bang Goes the Knighthood) paraissent plus charitables envers vos personnages.

C'est plutôt que j'écris mieux sur eux. Cela peut paraître prétentieux, mais ce type de chanson ne peut qu'aller s'améliorant: plus de sagesse, plus d'expérience, cela favorise l'empathie. Et quand j'essaie d'écrire sur les autres – même s'ils sont fictifs –, je m'efforce de brosser un tableau entier. Un personnage absolument dénué de compassion, cela n'existe pas, pas plus que quelqu'un d'entièrement bon. Excepté la chanson sur le banquier («The Complete Banker»), où j'essaie effectivement de le ridiculiser.


Un titre qui apparaît comme le plus acide et violent...

...que j'aie écrit, oui. Disons qu'il est à la mesure de la rage que j'ai ressentie contre les idiots de la finance, et il en faut vraiment beaucoup pour que je m'énerve.


Dans quelles conditions le disque a-t-il été enregistré?

Nous avons quitté Parlophone/EMI après l'album précédent, faute d'engagement de leur part, et mis en place notre propre petit label. Or le financement d'un disque, personne ne vous l'offre. Savoir que lorsqu'on entre en studio, on ne pourra pas y rester une éternité, cela «rassemble» les idées. Parfois, la récession a du bon (il rit, l'expression sortant presque verbatim des paroles de «Banker», ndlr), parce qu'on a pu avoir les meilleurs musiciens de Londres. Avec eux, on a avancé si vite! Ils sont parfaitement en place, dès la deuxième prise.


Dans ces conditions, une tournée solo est-elle un choix artistique ou financier?

Les deux. Le manque de fonds m'a donné un très bon prétexte pour réaliser un projet que j'envisageais de longue date. Certains des concerts que j'ai le plus appréciés ont été réalisés comme ça: un type et un piano – oui, je veux être Randy Newman ou Ben Folds! Cela donne d'ailleurs au public une idée bien plus transparente de ce que je fais. Au centre de la chanson, on trouve un «noyau de vérité».


Et après cette tournée?

J'ai écrit une comédie musicale, basée sur un livre pour enfants, Hirondelles et Amazones d'Arthur Ransome. La première se donnera à l'Old Vic de Bristol en décembre. J'y travaille depuis cinq ans mais j'ai cru qu'on n'y parviendrait jamais.


FORCE LYRIQUE

Organisée par Post Tenebras Rock à l'Alhambra, la soirée présentait en première partie les Genevois de Chapter, eux aussi en formation réduite. Tant leurs compositions – entre folk et gothique sudiste – que la voix de leur chanteur (semblant par instants tout juste descendue des Rocheuses) leur auront gagné des aficionados. Neil Hannon, ensuite, se présente seul sur scène, en costume noir et melon, adressant clins d'oeil et encouragements au public. Pourtant, c'est la ferveur avec laquelle il habite ses chansons qui impressionne. Leur qualité aussi, soulignée par ces versions condensées (piano-voix ou guitare-voix). Malgré les canards instrumentaux, la performance emporte: de la pop de très grande classe.
On retient un enchaînement sublime: à l'insistance d'«Everybody knows (Except You)» succède un titre récent, «The Lost Art of Conversation», le solo de guitare chanté de «Becoming More Like Alfie» et «If...», bouleversante déclaration. La pudeur ou le snobisme le font souvent oublier, mais au-delà du wit (l'esprit), les chansons de The Divine Comedy émeuvent. Le public sort, à la fois extatique et hagard de tant de sentiments traversés. Chapeau. BPR

Publié le 24 septembre dans Le Courrier

Photo CC BY-SA tompagenet
Photos CC BY-NC-ND darkmavis

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Cartographe d'un temps qui bascule (3 mai 2010, Le Courrier)

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   PROPOS RECUEILLIS PAR BENOÎT PERRIER    

ÉCOLOGIE - Figure du mouvement de la décroissance, Serge Latouche relativise la notion d'économie et nous exhorte à abandonner le productivisme. Echange avec un penseur radical qui se garde bien d'être gourou.
Théoricien de la décroissance, ce courant de pensée qui prône, entre autres, une réduction volontaire de la consommation d'énergie et de matières premières, l'économiste Serge Latouche était jeudi à Genève pour un débat intitulé «décroissance ou développement durable» (un événement qu'organisaient EcoAttitude, le Réseau objection de croissance et l'association des étudiants en sciences politiques et relations internationales). L'occasion d'explorer la relation entre son plaidoyer pour une nouvelle société et la réalisation politique de ce projet. Rencontre avec un utopiste pragmatique(1).


Selon vous, le développement durable n'existe pas?

Serge Latouche: Non. C'est une contradiction dans les termes, un oxymore [il rit]. Le développement n'est pas durable: il est la transformation qualitative de la croissance, or celle-ci n'est pas durable: nous vivons sur une planète aux ressources finies, ce qui est incompatible avec une croissance infinie. Cela dit, plus que la croissance elle-même, c'est notre «société de croissance» qui est en cause, une société fondée sur une croissance pour elle-même, illimitée, et non faite pour satisfaire des besoins.


En 2005, vous écriviez que toute votre oeuvre tournait autour de la notion de «l'invention de l'économie»...

Ah oui, il est important de «casser» le schéma de pensée dans lequel l'économie est une chose naturelle, éternelle et universelle. Au contraire, elle est à la fois très récente dans l'histoire et très limitée dans l'espace. Nous vivons la fin d'une période historique, une mutation civilisationnelle. Après une ère religieuse, c'est aujourd'hui l'ère économique qui s'achève. Quelle sera la suivante, je ne le sais pas.


Par ailleurs, pour éviter une catastrophe écologique et sociale, il faut abandonner la pensée productiviste. Voyez-vous une force politique prête à le faire, voire à aller dans le sens de la décroissance?

Organisée ou institutionnalisée? Non, aucune, elle est à créer. Pourtant dans tous les mouvements politiques, il y a une fraction de militants acquise aux idées de la décroissance. Mais ils sont seulement une petite frange, y compris chez les Verts, ce qui est incroyable. L'écologie politique est à l'origine de leur démarche et a donné naissance au projet de la décroissance, ils auraient dû naturellement porter celui-ci. C'est parce que les Verts ont failli à leur mission qu'il a été nécessaire de créer le mouvement décroissant. Du moment où ils ont intégré le jeu de la politique politicienne, ils sont passés du compromis à la compromission, ils sont devenus gestionnaires du système. Des ministres de l'Environnement ont cautionné la construction de centrales nucléaires, d'autoroutes, de TGV, tout ce contre quoi les écologistes se battent.


Et, personnellement, quels compromis êtes-vous prêt à accepter?

Sur cette question, je juge très importante la distinction qu'établit le sociologue allemand Max Weber entre le savant et le politique: le premier obéit à l'éthique de la conviction, le second à l'éthique de la responsabilité. Il ne faut pas mélanger les genres. Je comprends qu'il faille des gens en politique et je les respecte; mais la politique ne se fait pas sans compromis, là où la pensée a des exigences de rigueur et de conviction qui ne les permettent pas.

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Le grand fracas des particules élémentaires (1er avril 2010, Le Courrier)

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BENOIT PERRIER    

PHYSIQUE - Mardi, au CERN, les physiciens fêtaient les premières collisions dans l'accélérateur LHC. Ce résultat, fruit du minutieux ballet de milliers de scientifiques, laisse présager une meilleure compréhension de l'univers. Reportage.
«C'est aujourd'hui qu'on disparaît?», demande le chauffeur du bus qui emmène les journalistes vers l'expérience CMS. De fait non, du moins pas tout de suite. Pourtant le Grand collisionneur de hadrons (LHC), le nouvel accélérateur de particules de l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN) a bien démarré son programme mardi. La puissance de cet appareillage lui permet de produire des phénomènes jamais vus jusqu'alors et porte en lui la possibilité d'une remise à plat ou d'une extension de notre conception physique de l'univers. Dans l'anneau de 27 kilomètres qui court sous la frontière franco-suisse, les premières collisions de protons ont été enregistrées à une énergie de 7 Teraelectronvolts (quarante fois la masse du quark top, plus lourde particule jamais produite). Elles signalent le démarrage de dix-huit à vingt-quatre mois d'expérimentations. Avant ce travail pourtant, la confirmation que ce gigantesque appareil fonctionne sans accrocs –malgré deux faux départs – était un soulagement et une fierté pour les chercheurs présents.
Nous sommes au centre de contrôle de l'expérience Compact Muon Solenoid (CMS), l'une des six qui constituent le programme de recherche du LHC, il est à peu près 7 h. Les moniteurs se comptent par dizaines, devant eux des physiciens disposés en demi-cercle. Des webcams presque aussi nombreuses nous relient aux laboratoires partenaires, de l'Iran aux Etats-Unis.
Albert de Roeck a l'air affable, mais pour le moment il est un peu préoccupé. Le faisceau de protons qui courait dans le LHC a été «perdu» (par la faute d'un transformateur défectueux, apprendra-t-on plus tard). Il faudra deux à trois heures pour atteindre la fin du cycle avant de pouvoir recommencer.

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