Débris de rotatives


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Paul Robert Lloyd

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Le souffle d'une fidélité (3 décembre 2009, Le Courrier)

Les itinéraires musicaux du Genevois Eric Gaudibert (23 octobre 2009, Le Courrier)

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PROPOS RECUEILLIS PAR BENOIT PERRIER

COMPOSITION - Le musicien genevois est à l'honneur dimanche. Un concert lui est consacré qui revient sur ses traces multiples.

«J'ai une vie très rangée», plaisante le compositeur Eric Gaudibert dans son studio du Rondeau de Carouge. Il sourit, expliquant qu'un lieu de travail spécifique prémunit contre les «préoccupations» d'un métier «d'obsédés». Dimanche, le Conservatoire fera entendre au public le produit de son «travail d'ascèse».Veveysan formé à Lausanne et Paris, le musicien a eu une triple carrière: pianiste jusqu'à 33 ans, il s'est ensuite tourné vers l'enseignement et la création. A Genève, il a longtemps donné au Conservatoire populaire l'analyse, l'harmonie au piano et la composition; avant de remodeler la classe de composition de la Haute Ecole de Musique. Aujourd'hui à la retraite, il continue à écrire. Un disque paraît, un concert le met à l'honneur. Rencontre.

Est-ce le compositeur que l'on fête, dimanche?
En partie. Ce concert sert deux buts. D'abord vernir l'enregistrement consacré à mes oeuvres, mais aussi revenir sur mon parcours d'enseignant. C'est donc l'orchestre du Conservatoire populaire qui jouera la première pièce, une composition aisée à aborder pour ces jeunes musiciens. Albumblaetter sera, lui, joué par deux flûtistes de la Haute Ecole Quant à Laurent Estoppey et deux de ses élèves, ils forment pour l'occasion un trio de saxophones.

Et votre carrière d'interprète, l'évoquera-t-on?
Oui, je jouerai Vénescence avec René Meyer, le clarinettiste de Contrechamps. L'oeuvre a une partition graphique et suppose l'improvisation. Elle remonte à 1973, avec une dimension électroacoustique: un simple delay (le son joué par les instrumentistes est reproduit avec un décalage, ndlr). A l'époque on le produisait avec deux énormes magnétophones Revox. Entre eux, 3 mètres 80 de bande qu'il fallait faire circuler de l'un à l'autre!

Avez-vous continué dans la direction de l'électroacoustique?
J'ai cessé, pensant en avoir fait le tour. De plus, les traitements complexes nécessitaient un investissement énorme. Les ordinateurs d'alors étaient rares et gigantesques; Xenakis passait des nuits dans les centres informatiques que lui prêtaient de grandes entreprises.
Mais vingt ans après, à la Haute Ecole de Musique, j'ai vu que les étudiants compositeurs disposaient d'outils «portables». J'écris donc des pièces avec traitement direct.

Quelle place y ménagez-vous aux instrumentistes?
L'interprète doit, pour moi, être au centre, pas le seul «déclencheur» d'une cascade de sons. Sans compter que les musiciens se réjouissent qu'on leur donne des «responsabilités», qu'il s'agisse de choix à opérer, de segments improvisés ou qu'on requière d'eux une extrême virtuosité.

Et vos maîtres, qui étaient-ils?
En tant qu'interprète, Alfred Cortot dont j'ai suivi les cours publics et quelques leçons privées. Pianiste, chef d'orchestre, il était la figure du musicien complet. Mais surtout il avait une vision artistique qui dépassait la simple musique, c'était ainsi un grand collectionneur d'art. En tant que compositeur, Henri Dutilleux. J'étais de ses premiers élèves et j'ai travaillé avec lui. Il m'a transmis du «métier» – en matière d'orchestration, notamment – et une attitude: travailler lentement et avec exigence.

«Autour d'Eric Gaudibert», di 25 octobre, Conservatoire de Musique (Place Neuve), à 17h projection d'un «Plans-Fixes» consacré au compositeur, concert à 18h.
CD «Océans», Gallo/VDE-Gallo.

Paru le Vendredi 23 Octobre 2009 dans Le Courrier

Haddad, chantre de l'altérité (24 février 2009, Le Courrier)

Héphaïstos et Apollon (6 février 2009, Le Courrier)

MUSIQUE • Michael Wertmüller, agent double, interprète «free» et compositeur est à l’honneur du Festival Batteries! Rencontre.

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BENOÎT PERRIER
Il joue mais regarde de côté, à l’écoute, à l’affût. A sa droite, raide comme la justice, Marino Pliakas égrène inexorablement sa basse. Devant lui, Peter Brötzmann, légende du free jazz, s’obstine sur son saxophone, éructe, s’adoucit parfois. Lui, c’est Michael Wertmüller, batteur et compositeur suisse. A l’invitation du Centre international de percussion (CIP), d’autres joueront ses oeuvres samedi pour conclure le Festival Batteries! Mercredi au Kab, il donnait de sa personne au sein du trio Full Blast. On l’y a vu tour à tour tribal, lyrique ou simple accompagnateur, acteur d’une performance renversante, émouvante, qui a fait l’unanimité au sein du public. Nous l’avons rencontré, peuavant sa prestation.

Technique et liberté

Après une formation à la Swiss Jazz School, Wertmüller est passé par les conservatoires (classiques) de Berne et d’Amsterdam. Quand on l’interroge sur ce parcours inhabituel, il explique avoir grandi avec la musique symphonique et voulu «comprendre comment elle est construite».
S’il aime beaucoup le jazz, il pense que cette musique «provient plus d’une manière de penser ou de voir. Pour étudier le jazz, il faut en faire.» Après la percussion classique, il se tour-ne donc vers la composition, notamment à Berlin avec Dieter Schnebel, une figure reconnue. Il le cite en premier quand on lui demande ses influences et y ajoute Ligeti, Xenakis, Stockhausen. Ce qu’il a appris de plus important de Schnebel? «La nécessité d’avoir des bases techniques sur lesquelles développer son propre style, concevoir ses propres solutions. Il s’agit d’être libre dans sa pensée et ses actions de compositeur, tout en disposant de cet arrière-plan.»
Il ne voit pourtant aucune contradiction entre son activité de composition et son métier d’improvisateur. «Je fais ma propre musique, peu m’importe si c’est du jazz ou de la musique contemporaine. Quand j’écris, je suis dans le même état d’esprit que quand je joue.» L’aspect le plus important de son travail, c’est «le développement de nouveaux points de vue sur la manière d’organiser le temps», une manière pertinente de rassembler ses deux identités. Chez Ligeti par exemple, il aime «ces mouvements lents, mais composés de milliers de sons, comme une grande vague ou une grande respiration».
A-t-il des souvenirs mémorables en tant que compositeur et en tant qu’interprète? Il surprend quand, après s’être creusé la tête, il cite un concert du trio Full Blast, trois semaines auparavant, et une performance d’une de ses oeuvres, il y a deux semaines. Très loin d’une posture de mandarin, on voit surgir le musicien, celui qui ne parle pas de carrière mais bien de «route», de «boulot». Et de confesser un projet fou, un rêve: «composer un opéra».
Notations (Cage, De la Fuente, Sciarrino, Wertmüller) par le Kammerensemble Neue Musik et les solistes du CIP, sa 7 février à 20h30, Studio Ansermet. Rés. 022 329 85 55, www.cipercussion.ch


FULL BLAST, NUANCES RADICALES

Le trio mérite son nom. C’est bien une «déflagration totale» que nous offrent Peter Brötzmann (saxes), Michael Wertmüller (batterie) et Marino Pliakas (basse). Edités par Wertmüller à partir de sept heures de séances, les morceaux de leur «trou noir» ont des titres qui filent une métaphore quantique, entre boson de Higgs et Grand Collisionneur de Hadrons. L’évocation est adéquate quand on entend le résultat. Dans Black Hole, les instrumentistes semblent bien sculpter l’espace et le temps, au burin de leurs incantations free. Ils proposent un voyage jusqu’au-boutiste mais savoureusement varié: tel brûlot obstiné («Suzy») évoque ainsi un Miles fin sixties, là où la pièce de résistance «Protoneparcel», monstrueux crescendo, semble bien plus courte que ses dix minutes. Ailleurs, on jure croiser du post-bop (l’intro d’«Alice»), tandis qu’«Atlas» a une base plus groovy. Sur l’auditeur, ces pistes ont un effet décidément paradoxal, qu’elles suscitent une sérénité zen à leur paroxysme ou que l’inquiétude surgisse dans leurs instants les plus calmes. En définitive, cet album est une expérience saisissante et réussie, beaucoup plus accessible que ne le promet son étiquette.
BPR
Full Blast (Brötzmann/Pliakas/Wertmüller), Black Hole, Atavistic Records.

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Paru le 6 février 2009 dans Le Courrier
Photo © Branislav Grebecí

Un homme de l'art (10 janvier 2009, Le Courrier)

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POP Rencontre avec Bertrand Burgalat, icône esthète, avant son concert-événement à l’Usine ce jeudi, et pleins feux sur son label Tricatel, avec un échantillon d’albums qui montre les différentes facettes de son travail.

BENOÎT PERRIER
Bertrand Burgalat marche vite, très vite, une allure à la mesure de l’éventail de projets qui l’occupent ou qu’il anime en ce début d’année. Figure majeure d’un certain underground pop, il a bien plus d’une corde à son arc: arrangeur, producteur et patron de son propre label. Mais c’est en première ligne, défendant sa propre musique, qu’on aura le rare plaisir de l’entendre sur la scène de l’Usine jeudi. D’ici là, revue de détails et relevé des compteurs avec l’intéressé, dans son fief parisien.
Le troquet est plus vrai que nature: radio coincée sur Nostalgie, murs couverts de portraits hollywoodiens (Bryan Ferry en caution musicale), les habitués qui tapent une belote. Et on embarque pour une conversation où il est sans cesse question de la fabrique de la musique et de sa réception. C’est que Burgalat est polymorphe, présent à toutes les étapes, de la création à la diffusion.

DE LAIBACH À HOUELLEBECQ

Interrogé sur l’origine de sa vocation, il se rappelle ses dix ans, lorsqu’un prof de son collège fait écouter à la classe Pink Floyd et King Crimson. Le Floyd qu’il voit peu après en concert, «à l’époque, un show insensé». Ensuite, le rock progressif français (Magma, Gong) et le choc, Kraftwerk à l’Olympia. Il a d’abord «de la difficulté à accrocher» avec le punk, mais au début des années 1980, des amis lui font découvrir les Kinks, les Beach Boys, The Who. Ces productions qui lui sembaient superficielles lui parlent désormais.
Il joue en parallèle dans divers groupes avant de partir pour la Slovénie produire Laibach, groupe industriel réputé. Evoquant ce début professionnel, il observe, laconique, que «sur dix trucs qui foirent, il faut bien qu’il y en ait un qui marche». Et précise: «J’y étais allé de mon propre chef, des amis m’avaient dit que c’était génial là-bas. Je pensais rester une semaine, j’ai passé plusieurs années entre Paris et la Slovénie.»
Après d’autres productions, il fonde son label, Tricatel. Foin d’épopée romantique: «L’indépendance n’a pas été un choix, c’était une nécessité. Si je n’avais pas créé de label, ces projets ne seraient jamais sortis.» L’étiquette emprunte son nom à L’Aile ou la Cuisse («on a un peu un problème avec le sérieux») et c’est le cultissime Valérie Lemercier chante qui l’inaugure. La maison accueillera ensuite pop exigeante et racée (April March, Burgalat lui-même), rétrospectives d’arrangeurs (David Whitaker, André Popp), disques d’écrivains (Michel Houellebecq, Jonathan Coe) et bandes originales.
Malgré les aléas du pilotage d’un tel vaisseau, son capitaine n’avoue aucun regret, «aucun disque dont je me dis qu’on n’aurait pas dû le sortir, même si on s’est ramassés». Un élément récurrent, pourtant: «Une lassitude vis-à-vis des structures.» Et de citer les distributeurs et enseignes «très ‘chevalier blanc’ vis-à-vis de l’extérieur, se réclamant de l’exception culturelle, terre-à-terre et durs avec nous, les indépendants». Et ces «relais entre nous et le public», radios et salles, qu’il se dit également fatigué de convaincre.

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