Les itinéraires musicaux du Genevois Eric Gaudibert (23 octobre 2009, Le Courrier)
PROPOS RECUEILLIS PAR BENOIT PERRIER
COMPOSITION - Le musicien genevois est à l'honneur dimanche. Un concert lui est consacré qui revient sur ses traces multiples.
«J'ai une vie très rangée», plaisante le compositeur Eric Gaudibert dans son studio du Rondeau de Carouge. Il sourit, expliquant qu'un lieu de travail spécifique prémunit contre les «préoccupations» d'un métier «d'obsédés». Dimanche, le Conservatoire fera entendre au public le produit de son «travail d'ascèse».Veveysan formé à Lausanne et Paris, le musicien a eu une triple carrière: pianiste jusqu'à 33 ans, il s'est ensuite tourné vers l'enseignement et la création. A Genève, il a longtemps donné au Conservatoire populaire l'analyse, l'harmonie au piano et la composition; avant de remodeler la classe de composition de la Haute Ecole de Musique. Aujourd'hui à la retraite, il continue à écrire. Un disque paraît, un concert le met à l'honneur. Rencontre.
Est-ce le compositeur que l'on fête, dimanche?
En partie. Ce concert sert deux buts. D'abord vernir l'enregistrement consacré à mes oeuvres, mais aussi revenir sur mon parcours d'enseignant. C'est donc l'orchestre du Conservatoire populaire qui jouera la première pièce, une composition aisée à aborder pour ces jeunes musiciens. Albumblaetter sera, lui, joué par deux flûtistes de la Haute Ecole Quant à Laurent Estoppey et deux de ses élèves, ils forment pour l'occasion un trio de saxophones.
Et votre carrière d'interprète, l'évoquera-t-on?
Oui, je jouerai Vénescence avec René Meyer, le clarinettiste de Contrechamps. L'oeuvre a une partition graphique et suppose l'improvisation. Elle remonte à 1973, avec une dimension électroacoustique: un simple delay (le son joué par les instrumentistes est reproduit avec un décalage, ndlr). A l'époque on le produisait avec deux énormes magnétophones Revox. Entre eux, 3 mètres 80 de bande qu'il fallait faire circuler de l'un à l'autre!
Avez-vous continué dans la direction de l'électroacoustique?
J'ai cessé, pensant en avoir fait le tour. De plus, les traitements complexes nécessitaient un investissement énorme. Les ordinateurs d'alors étaient rares et gigantesques; Xenakis passait des nuits dans les centres informatiques que lui prêtaient de grandes entreprises.
Mais vingt ans après, à la Haute Ecole de Musique, j'ai vu que les étudiants compositeurs disposaient d'outils «portables». J'écris donc des pièces avec traitement direct.
Quelle place y ménagez-vous aux instrumentistes?
L'interprète doit, pour moi, être au centre, pas le seul «déclencheur» d'une cascade de sons. Sans compter que les musiciens se réjouissent qu'on leur donne des «responsabilités», qu'il s'agisse de choix à opérer, de segments improvisés ou qu'on requière d'eux une extrême virtuosité.
Et vos maîtres, qui étaient-ils?
En tant qu'interprète, Alfred Cortot dont j'ai suivi les cours publics et quelques leçons privées. Pianiste, chef d'orchestre, il était la figure du musicien complet. Mais surtout il avait une vision artistique qui dépassait la simple musique, c'était ainsi un grand collectionneur d'art. En tant que compositeur, Henri Dutilleux. J'étais de ses premiers élèves et j'ai travaillé avec lui. Il m'a transmis du «métier» – en matière d'orchestration, notamment – et une attitude: travailler lentement et avec exigence.
«Autour d'Eric Gaudibert», di 25 octobre, Conservatoire de Musique (Place Neuve), à 17h projection d'un «Plans-Fixes» consacré au compositeur, concert à 18h.
CD «Océans», Gallo/VDE-Gallo.
Paru le Vendredi 23 Octobre 2009 dans Le Courrier




