Une saison en savant équilibre (19 octobre 2011, Le Courrier)
A lire sur le site du Courrier.

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Paul Robert Lloyd
A lire sur le site du Courrier.
OPÉRA - A Meyrin, «Chat Perché» a ravi par ses interprètes, tout en glaçant par moments.
«Opéra rural», l'adaptation des Contes du Chat perché de Marcel Aymé, présentée hier et avant-hier à Forum Meyrin, dans le cadre du Festival Archipel, portait bien son sous-titre. Réussie et énergique, cette mise en scène des aventures à la ferme de deux fillettes par Caroline Gautier est en effet un objet hybride, alternant la comédie et le chant, joignant l'opéra de chambre à la chorégraphie, juxtaposant enfin des préoccupations très années 1950 – robes du dimanche, leçons de géographie – et une partition contemporaine.
La ferme où devisent les jeunes filles, leurs parents et une basse-cour douée de parole est un curieux décalque des fables de La Fontaine. Au courtisan a succédé l'individu moderne, au Grand Siècle, les Trente Glorieuses et leurs bouleversements sociaux. Ainsi, entre la tyrannie du paraître qu'expose le Paon et l'enjeu crucial de quand et comment sera mangé le Cochon, une violence trouble et indéfinie traverse cet univers charmant. L'arrivée à mi-spectacle d'une panthère provoquera la catharsis.
La musique de Jean-Marc Singier accompagne pour sa part l'action sans la subvertir. Son orchestration créative (pour vents et percussions) donne la part belle à l'ensemble parisien 2e2m dont les membres, jouant des rôles sur scène, portent des costumes de Sergent Pepper animalier. Notons que le texte français chanté est toujours compréhensible.
Les interprètes convainquent. Au premier rang, les contorsionnistes Anne-Claire Gonnard et Johanna Hilaire (en photo) qui jouent les deux fillettes rivalisent de prouesses, avec naturel et sans oublier de chanter juste. Le ténor étasunien Marc Molomot (en Cochon) emporte lui l'adhésion par son jeu physique (de nombreux gags visuels lui sont réservés) et son exécution assurée. Enfin, le coulé à peine réel du danseur Salomon Baneck-Asaro (en Panthère), confine à la révélation, ce qu'a confirmé le public en l'ovationnant.
Un succès pour ce spectacle accessible. Les nombreux enfants présents ont suivi la troupe dans ses aventures vocales et chorégraphiques, les adultes ont apprécié l'équivoque de son discours.
Paru dans Le Courrier, le 24 mars 2011
Photo © Guy Vivien
«Ni plus ni moins intellectuelle que Bashung ou Mahler», voici la qualification de la musique contemporaine que donne le compositeur français Raphaël Cendo. A Genève, le Festival Archipel a débuté jeudi; l'occasion d'un examen: «musique contemporaine», territoire vivace ou éteignoir coûteux et abscons? Nécessairement synonyme de musique écrite? Des acteurs se prononcent, partition en mains, sans oublier pourtant qu'ils sont eux-mêmes auditeurs. Une certitude en préambule: l'appellation de ce champ fait problème aujourd'hui. «Le nom s'est fixé entre les années trente et cinquante, explique Nicolas Donin, musicologue à l'Institut de recherche et coordination acoustique/musique (IRCAM) à Paris. Et cela fait une vingtaine d'années qu'il met tout le monde mal à l'aise.» Pour Alexandre Babel, percussionniste genevois installé à Berlin, «le terme est problématique parce qu'il n'est pas précis: 'contemporain' implique seulement que la musique est créée dans la période où elle est jouée. L'expression a en outre une connotation académique pas toujours adaptée aux ramifications qu'a pu prendre cette scène ces dernières années.» «On n'a pas trouvé mieux», lui répond Raphaël Cendo (dont l'Introduction aux ténèbresclôturera, en création suisse, le festival). Au Québec, raconte cependant Nicolas Donin, un compositeur explique «faire de la musique écrite de concert». Pour peu poétique qu'il soit, le terme du Canadien a le mérite de circonscrire le débat: il désigne une musique dont la conception précède d'un certain temps l'exécution, exige un support où elle soit transcrite et réclame qu'elle soit exécutée en public (une oeuvre n'existant que sur disque ne répond donc pas à ce critère).
LE POIDS DES PORTÉES
Mais l'écriture préalable, pratique héritée de la musique classique, n'est pas l'apanage du seul contemporain. La musique populaire travaille aussi sur partitions, remarque Raphaël Cendo (que l'on songe par exemple aux musiciens de studio employés dans les productions pop). La partition demeure centrale, martèle pour sa part Alexandre Babel, qu'on ne saurait soupçonner d'académisme maladif: il se produit également dans des cadres expérimentaux et improvisés.
Mais d'ajouter: «Jusqu'au milieu du XXe siècle, la partition était l'objet le plus fiable de transmission entre une pensée musicale et une interprétation. Depuis les partitions conceptuelles, graphiques et les nouveaux types de jeu complexe, il n'existe plus de système de notation qui fasse universellement foi.» La distance entre l'écriture et le rendu sonore qu'elle représente a grandi. Conséquence: les échanges directs entre compositeurs et interprètes sont fondamentaux, explique le musicien.
Dans cette musique, «l'écrit est toujours présent, qu'il soit visible ou invisible», poursuit Nicolas Donin. L'écriture musicale occidentale, si elle peut ne pas apparaître sur l'écran du créateur, n'en est pas moins «inscrite» dans ses outils de composition assistée par ordinateur. Pour le musicologue, le système de notation est «soluble dans des milieux techniques, qui ne sont pas une partition en papier avec des portées». Ainsi, un improvisateur qui ne lirait pas la musique mais qui utiliserait un logiciel comme Max/MSP ferait de la musique écrite? Peut-être bien.
Pour le chercheur, c'est d'ailleurs la musique électroacoustique qui a «court-circuité» l'écriture. Dès lors que, dans les années cinquante, naissait une musique utilisant la synthèse sonore ou des sons concrets, les compositeurs se trouvaient en présence de sons qu'ils ne pouvaient plus projeter sur une partition.
COMPOSER LE PUBLIC
L'heure est pourtant aujourd'hui au «transcodage», explique Nicolas Donin. Différents paradigmes, notamment la composition informatique et l'écriture sur partition sont alliés. «Les jeunes compositeurs profitent de l'hétérogénéité de ces modes de pensée pour se loger dans des anfractuosités. Ils observent ce qui se transforme quand on fait migrer un objet musical d'un monde vers un autre qui lui est étranger.» Exemple? Certains partent de sons concrets – comme une pluie enregistrée sur un toit – et en extraient informatiquement un modèle dont ils se servent pour écrire.
Contrairement à son système de notation, la création de cette musique n'est pas en crise. «Mes étudiants (qu'on entendra cette semaine à Archipel, ndlr) cherchent dans tous les horizons, explique Luis Naón, professeur de composition au Conservatoire national supérieur de Paris et à la Haute école de musique de Genève. Leurs univers vont peut-être attirer à nouveau un intérêt médiatique.»
Diffusion, la notion est lâchée. «Donner les bonnes pièces aux bons endroits et le communiquer», dans les mots du professeur. «A Paris, à Rome, il existe un public pour cette musique quand il y a publicité», renchérit Raphaël Cendo qui se désole de l'absence de place faite au contemporain dans les médias de l'image.
Nicolas Donin contraste: plutôt qu'une désaffection ou une réaffection, il existe aujourd'hui une transformation du «mode de constitution des audiences». Selon le musicologue, le public du contemporain est aujourd'hui mieux relié. Via le web, notamment, il y a «plus de circulation et de proximité pour les passionnés». Il se dit d'ailleurs surpris de la rapidité avec laquelle s'est développée la mise à disposition de documents historiques de la musique d'avant-garde sur des plates-formes comme Youtube, Dailymotion, Ubuweb ou de nombreux blogs. Un partage qui est souvent le fait de passionnés et non d'institutions.
ÉQUILIBRER LES FONDS
Qu'elle passe à la télévision ou pas, la musique contemporaine a un coût: rémunération des interprètes, des commandes aux compositeurs, soutien aux centres de recherche et aux lieux de diffusion. En Suisse, en France, en Allemagne, les pouvoirs publics l'assument en grande part. «Nous sommes plus aidés que les créateurs de jazz, expose Luis Naón, mais de par la nature de cette musique, les fonds publics sont indispensables pour que la qualité soit stimulée et maintenue.»
Le professeur cite cependant l'exemple argentin. L'Etat s'est désengagé financièrement du soutien à la création depuis cinquante ans. A la clé, «une baisse générale de qualité, mais un engouement toujours croissant pour la création contemporaine. Les compositeurs émigrent, l'élan demeure.» Outre-Rhin, observe pour sa part Alexandre Babel, l'académisme est toujours favorisé dans le subventionnement par rapport au «subculturel», mais un rééquilibrage se profile.
RESTE L'ÉCOUTE
La «musique de concert écrite» semble donc bien vivante, chez ses pratiquants et aficionados, mais aussi dans le dialogue qu'elle opère avec les auditeurs, et dans celui que le public anime de son propre chef. Au bout du compte, prosaïquement, que trouve-t-on pourtant d'unique ou de précieux dans cette musique? De l'inouï, pour Luis Naón qui s'accorde avec Raphaël Cendo à battre en brèche le mythe de l'inaccessibilité de ce style. Par rapport à d'autres musiques, «les réflexions diffèrent, mais le but demeure. Reste l'écoute», médite ce dernier.
Nicolas Donin fait un constat analogue. L'important dans le contemporain? «La concentration silencieuse. C'est l'un des seuls lieux où se produit encore ce type d'expérience: un ressaisissement de soi autour d'un objet esthétique dense. Cela distingue le contemporain de nombre d'objets culturels, que ce soient des musiques pratiquées dans des environnements non silencieux (concert de rock ou de jazz, clubs, ndlr), les arts plastiques qui n'ont pas la même unité de temps et de lieu ou le cinéma. Musiques 'classique' et 'contemporaine' ont en commun le rituel du concert; mais dans la seconde, ce qu'on entendra n'est pas déjà connu.»
Etapes sur l'Archipel. Ce samedi, grand barnum sonore à 14h. Des fanfares parties des quatre coins de la plaine de Plainpalais se rejoignent et se superposent, souvenir du compositeur étasunien Charles Ives.
Ce soir, programme Xenakis à 20h, Maison communale de Plainpalais (MCP) et première suisse de Quad (1996) oeuvre de son élève Pascal Dusapin.
Ce dimanche à 16h, MCP: Arne Deforce exécute Nomos Alpha (1966) de Xenakis, pièce qui a réinventé le jeu du violoncelle.
Lundi, première à 20h30 au Grütli de L'Arbre aux clous, performance d'un Yann Marussich fakir sur une musique d'Arturo Corrales.
Mardi, première à Forum Meyrin à 19h de l'opéra Chat perché adapté de Marcel Aymé par Caroline Gautier. Musique de Jean-Marc Singier jouée par l'Ensemble 2e2m.
Festival jusqu'au dimanche 27 mars.
www.archipel.org
Rés: tél: 022 319 61 11
Retrouvez également l'interview de Marc Texier, directeur du festival sur le site du Courrier.
FESTIVAL - Fin mars, le rendez-vous des musiques d'aujourd'hui interroge la relation entre jeunes compositeurs et glorieux aînés. Il propose aussi un grand programme Xenakis.
BENOÎT PERRIER
A la recherche du «questionnement initial de l'homme sur les sons», le festival de musique contemporaine Archipel présente un programme riche d'une vingtaine d'événements. Ce qui les rassemble? Les «sons premiers», comprendre les éléments de musiques les plus fondamentaux et ceux qui ont formé les jeunes oreilles. Entre concerts, opéra, performances et installations, sept lieux, dont la Maison communale de Plainpalais, résonneront fin mars des sonorités d'aujourd'hui. Et, dix ans après sa mort, d'un grand choix d'oeuvres de Iannis Xenakis. Beaucoup de coproductions dans cette programmation, le partage de charges qui en découle n'y étant pas étranger. Mais c'est aussi l'occasion, une fois l'an, de rassembler dans la région tous les acteurs du contemporain: Contrechamps, Centre international de percussion, AMEG, ensembles Vortex et Namascae, hautes écoles de musique, etc. L'édition 2011 présente cependant nombre de nouveaux venus. Les Swiss Chamber Concerts accorderont Schumann à Xenakis avec le pianiste américain Gilles Vonsattel. Quatre fanfares s'associeront, elles, à l'ensemble Babel pour recréer sur la plaine de Plainpalais la «collision» de plusieurs groupes jouant simultanément, expérience à laquelle Charles Ives (1874-1954) avait assisté et qui a profondément marqué sa musique ultérieure. Le festival investira également le Forum Meyrin, qui accueille la création suisse de Chat perché, un opéra basé sur les contes de Marcel Aymé et fomenté par Caroline Gautier. On notera aussi l'irruption du Fanfareduloup Orchestra, allié au pianiste improvisateur du cru Jacques Demierre, qui proposera une relecture à l'Alhambra des mélodies du jeune Nietzsche.
Souvenirs musicaux pour les uns, univers de l'enfance pour les autres, ainsi se décline la thématique de cette édition: à la fois les premiers sons entendus et la quête d'une refondation de la musique. Ce mélange d'inspiration et de filiation artistiques sera bien illustré par le concert de l'ensemble Contrechamps avec l'hommage à Bach de Harrison Birtwistle (dont le Grand Théâtre monte Punch and Judy dès le 1er avril), les chansons pour George Benjamin ou les traitements radicaux qu'impose Jonathan Harvey à l'orchestre, qui sonne comme si on l'entendait depuis le ventre de sa mère. Pour la redéfinition de la composition, Xenakis sera joué dans cinq concerts. Un grand programme donné par l'ensemble Namascae se concentrera sur ses dernières oeuvres. On attend aussi de pied ferme Nomos Alpha, morceau de bravoure pour violoncelle, de même que le Centre international de percussions jouant Pléiades, Zythos et Psappha. On en oublierait presque les salons d'écoute dédiés à la musique acousmatique (entrée libre) et une performance de Yann Marussich au Grütli sur une partition d'Arturo Corrales. Bref, de quoi faire largement réfléchir le spectateur qui saisira l'occasion pour quêter l'inouï.
Festival Archipel, du 17 au 27 mars dans divers lieux à Genève et Annemasse, www.archipel.org
MUSIQUE CONTEMPORAINE - L'ensemble genevois ne joue que de jeunes compositeurs, un défi qui lui réussit. Rencontre avant un week-end de fête.
BENOÎT PERRIER
«Pas de compositeur célèbre, ni vieux, ni mort», lâche Daniel Zea, le sourcil souriant. Par cette maxime, le musicien colombien résume le projet de l'ensemble Vortex: jouer les partitions d'aujourd'hui, et rien qu'elles. Un pari audacieux: ne les a-t-on pas souvent incités à mettre au programme quelques «noms» pour attirer le chaland? La formation s'est pourtant tenue à sa contrainte de départ et fête ses cinq ans par des concerts et une soirée électronique ce week-end (lire ci-dessous). Retour avec Daniel Zea et la hautboïste Béatrice Zawodnik sur un parcours qui défriche.
Une quarantaine d'oeuvres inédites
Au commencement, six instruments: violon, contrebasse, hautbois, guitare, percussions et électronique. Formation hétéroclite, mais Béatrice Zawodnik explique que l'ensemble s'est fondé sur des personnes, celles qui entendaient défendre la jeune musique, pas sur des pupitres déterminés à l'avance. Dès le début, quatre compositeurs (dont Daniel Zea) sont partie prenante de l'entreprise, fournissant des pièces et contribuant à la direction artistique collégiale de Vortex. «Nous jouons de la musique contemporaine de chambre, précise la hautboïste. Notre travail sans chef, collectif, est lui aussi une prise de risque.»
Visiblement, la recette fonctionne. En cinq ans, Vortex a joué plus de quarante créations en première mondiale et fidélisé un public «plutôt jeune, et pas uniquement constitué de musiciens». L'ensemble venait combler un manque, une «place à prendre» qui vient avec ses difficultés. Au premier rang desquelles, le financement. «Réaliser neuf premières par année est un énorme sacrifice budgétaire, précise Daniel Zea. Nous voudrions pouvoir mieux payer les compositeurs, être plus encore le moteur de la création.»
L'heure du bilan
Le plus dur jusqu'ici? La réponse de la hautboïste fuse: «Recevoir les partitions une semaine avant le concert». Sa corporation incriminée, Daniel Zea sourit, botte en touche et évoque le casse-tête que constitue la programmation d'oeuvres jamais jouées. Il donne l'exemple du compositeur italien Emanuele Casale, invité pour sa radicalité, qui a livré à Vortex la création la plus classique que l'ensemble ait jamais donnée.
Alors, prêts pour dix ans de plus? Les deux camarades acquiescent, mais on sent bien que pour un ensemble dont la fraîcheur définit le projet, cinq années représentent une somme. «Les jeunes compositeurs du début ne sont plus si jeunes», rit Daniel Zea. Ce qui ne l'empêche pas de rêver à «plus grand: plus d'instrumentistes, davantage de liens pour accroître les possibilités de l'ensemble».
Béatrice Zawodnik prolonge la réflexion: «Rester statique est la mort de ce genre de structure. Cinq ans est un bon moment pour faire un bilan.» D'ici là, le public connaîtra un week-end festif et riche en propositions. Quant à Vortex, il reviendra lundi au Studio Ansermet enregistrer un disque pour l'étiquette NEOS, sa future carte de visite.
Ce week-end, l'ensemble de musique contemporaine dévoile quatre de ses facettes. Samedi affiche les musiciens de l'ensemble, accompagné d'invités (accordéon, flûte, violoncelle et clarinette) dans cinq créations, dont Electric Spanking de Daniel Zea. La fête se déplace ensuite au Pachinko, aux Grottes, pour une soirée sous-titrée «Famous & Obscure Music Around the World»: elle promet quand on sait que John Menoud, homme aux sélections pointues, est l'un des compositeurs de Vortex.
Dimanche, retour au Studio Ansermet et programme mettant en vedette les élèves de cordes du Conservatoire populaire dans des partitions contemporaines. Conclusion enfin avec «Vortex électronique», une cérémonie de pure musique acousmatique. BPR
Note : «Concert de créations», sa 16 octobre, 20h. «Soirée Mucha Muchacha», sa 16, 23h. «Mythes légendes et parasites pixels», di 17, 17h. «Vortex électronique», di 17, 19h. Au Studio Ansermet (Passage de la Radio 2), sauf «Mucha Muchacha» au Pachinko (Rue des Amis 9). Rens: www.ensemblevortex.com
Paru le 14 Octobre 2010 dans Le Courrier