Débris de rotatives


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Paul Robert Lloyd

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Petites filles modèles (Le Courrier, 24 mars 2011)

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OPÉRA - A Meyrin, «Chat Perché» a ravi par ses interprètes, tout en glaçant par moments.
«Opéra rural», l'adaptation des Contes du Chat perché de Marcel Aymé, présentée hier et avant-hier à Forum Meyrin, dans le cadre du Festival Archipel, portait bien son sous-titre. Réussie et énergique, cette mise en scène des aventures à la ferme de deux fillettes par Caroline Gautier est en effet un objet hybride, alternant la comédie et le chant, joignant l'opéra de chambre à la chorégraphie, juxtaposant enfin des préoccupations très années 1950 – robes du dimanche, leçons de géographie – et une partition contemporaine.
La ferme où devisent les jeunes filles, leurs parents et une basse-cour douée de parole est un curieux décalque des fables de La Fontaine. Au courtisan a succédé l'individu moderne, au Grand Siècle, les Trente Glorieuses et leurs bouleversements sociaux. Ainsi, entre la tyrannie du paraître qu'expose le Paon et l'enjeu crucial de quand et comment sera mangé le Cochon, une violence trouble et indéfinie traverse cet univers charmant. L'arrivée à mi-spectacle d'une panthère provoquera la catharsis.
La musique de Jean-Marc Singier accompagne pour sa part l'action sans la subvertir. Son orchestration créative (pour vents et percussions) donne la part belle à l'ensemble parisien 2e2m dont les membres, jouant des rôles sur scène, portent des costumes de Sergent Pepper animalier. Notons que le texte français chanté est toujours compréhensible.
Les interprètes convainquent. Au premier rang, les contorsionnistes Anne-Claire Gonnard et Johanna Hilaire (en photo) qui jouent les deux fillettes rivalisent de prouesses, avec naturel et sans oublier de chanter juste. Le ténor étasunien Marc Molomot (en Cochon) emporte lui l'adhésion par son jeu physique (de nombreux gags visuels lui sont réservés) et son exécution assurée. Enfin, le coulé à peine réel du danseur Salomon Baneck-Asaro (en Panthère), confine à la révélation, ce qu'a confirmé le public en l'ovationnant.
Un succès pour ce spectacle accessible. Les nombreux enfants présents ont suivi la troupe dans ses aventures vocales et chorégraphiques, les adultes ont apprécié l'équivoque de son discours.

Paru dans Le Courrier, le 24 mars 2011
Photo ©  Guy Vivien

L'opéra en version genevoise (16 avril 2010, Le Courrier)

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