Débris de rotatives


Journaliste suisse, j'explore posterous comme moyen de mettre mes articles en ligne.
I am a swiss journalist and am toying with posterous as a tool to upload articles I've written.

Flattr this

Header photo, cc-by-sa Herkie, addthis icons, cc-by-sa
Paul Robert Lloyd

Archive

2010 (15)
2009 (46)
2008 (20)

Une saison en savant équilibre (19 octobre 2011, Le Courrier)

A lire sur le site du Courrier.

Swiss Chamber Concerts: dix ans pour une idée suisse (8 octobre 2009, Le Courrier)

20091008_daniel_haefliger

   BENOIT PERRIER    

MUSIQUE - Créer un ensemble de musique actuelle à l'échelle fédérale est loin d'être une sinécure, explique son directeur artistique Daniel Haefliger.
Quand il décrit le contexte dans lequel il évolue, le violoncelliste Daniel Haefliger plaisante en parlant «de marge de la marge». Il est vrai qu'une série suisse de concerts qui font la part belle à la musique de chambre contemporaine (à Genève, Bâle, Zurich, Lugano) est un concept plutôt pointu. Ce positionnement n'empêche pas les Swiss Chamber Concerts de fêter leurs dix ans. Ce week-end, ils soufflent les bougies avec trois concerts mêlant créations et classiques. Mais comment assemble-t-on une telle plate-forme et comment l'oriente-t-on? Retour sur le parcours de ce «laboratoire» à l'échelle fédérale, premier ensemble du genre en Suisse, souligne le musicien.
A la naissance du projet, l'amitié du flûtiste Felix Renggli, de l'altiste Jürg Dähler et de Daniel Haefliger, chacun «engagé dans une région suisse différente». De l'étranger où ils jouent régulièrement, ils voient la Suisse comme «un conglomérat de cultures: les Alémaniques s'orientent sur Berlin, Genève sur Paris, le Tessin sur Milan».
Contre cette fragmentation, la conclusion s'impose: ils produiront des concerts qui présentent une vision d'ensemble de la Suisse, les donneront dans ses trois régions linguistiques et joueront les oeuvres de ses compositeurs d'aujourd'hui.


A huit heures à la radio

Quand il évoque cette période de formation, Daniel Haefliger se rappelle avoir souhaité «créer des conditions de concert pertinentes». Ainsi de la sélection des salles ou de la «répétition des concerts, fondamentale pour atteindre un certain niveau». Il lie cette démarche au passé en rappelant la société d'exécutions musicales privées d'Arnold Schoenberg au début du XXe siècle, et d'autres compositeurs qui «ont «oeuvré pour avoir un contrôle sur l'enveloppe des concerts et ne pas laisser cette responsabilité aux seuls soins du marché».
Il aborde aussi la question de la sélection des oeuvres: «Nous réalisons des programmes mixtes, qui proposent un équilibre entre l'avant-garde, son histoire et son futur.» Autrement dit, qui mêlent musique contemporaine et classique, le passeport pour une diffusion radio à vingt heures sur les chaînes nationales, ce qui ne va pas de soi pour la création d'aujourd'hui.
Trouver des fonds pour un ensemble qui n'a pas d'attache locale précise tient cependant du parcours du combattant: la politique culturelle fédérale est limitée. Les soutiens sont donc «partiels et locaux» et trouver des fonds implique «un énorme investissement personnel», face à des systèmes cantonaux tous différents.
Le musicien se fait pourtant philosophe: «Nous comprenons tout à fait comment notre projet va à l'encontre d'un système suisse qui n'a pas de charte constitutionnelle sur la Culture.» Il paraît accepter la précarité constitutive de son édifice; surtout, il souligne l'engagement de «musiciens très investis» et doués «d'une bonne dose d'idéalisme».


Des cultures suisses

Quand il évoque les résultats de ces dix années, l'optimisme reprend le dessus. Soixante à septante créations – «un enrichissement de la musique» –, une diffusion radiophonique importante et plus de 350 concerts. Une ligne de disques sur l'étiquette Neos ainsi que des invitations à l'étranger sont également venues couronner l'engagement. Le bénéfice personnel prime cependant: «Au bout de ce combat, il y a un nirvâna, quelque chose d'exceptionnel, qui me remplit complètement. Sans compter la rencontre avec des personnalités musicales fascinantes et impressionnantes, dont Heinz Holliger qui nous accompagne depuis nos débuts». Cohérent, Daniel Haefliger conclut que «s'il n'y a pas d'identité suisse, une idée des cultures suisses émerge de l'expérience de ces concerts».
On vérifiera sur pièces, demain et jusqu'à dimanche au Conservatoire de Genève. Le mouvement résume bien les enjeux de la formation: vendredi, une soirée propose dix créations (du Genevois Xavier Dayer, notamment), samedi ce sera «de toutes grandes pièces» d'époques mêlées (Schumann et Dallapiccola entre autres), et dimanche enfin, la «déflagration» des deux quatuors avec piano de Mozart et d'une création pour timbales d'Heinz Holliger. I
Note : «Of sweet disorder...» (dix créations), ve 9 oct., 20h. «Poésie» (Dallapiccola/Schumann/Käser/Holliger»), sa 10 oct., 20h. «Mozart/Holliger», di 11 oct., 17h. Tous les concerts sont au Conservatoire de Genève. Rés. tél: 022 737 09 34 www.swisschamberconcerts.ch

Paru le 8 Octobre 2009 dans Le Courrier

 

Carter, jeune centenaire (5 décembre 2008, Le Courrier)

Media_httpfarm4static_zhkhe
 BENOIT PERRIER    

ANNIVERSAIRE - Elliott Carter, monument de la musique du XXe siècle, est bien vivant: un disque et deux concerts à Genève le fêtent.
Elliott Carter, centenaire dans quelques jours? Plutôt difficile à croire à l'écoute des dernières oeuvres du compositeur étasunien, mises à l'honneur ces prochains jours. Détails et explications avec Daniel Haefliger, violoncelliste et directeur artistique des Swiss Chamber Concerts, qui proposent le l'hommage «Carter 100+» dimanche à Genève. Carter s'est formé dans la rupture musicale du début du XXe siècle, pour ensuite voir, en témoin, se développer toute la musique contemporaine. Pourtant, «s'il a, toute sa vie, observé ce grand débat, son langage a suivi une carrière indépendante de ces bouleversements». On le voit ainsi développer son propre style, «celui d'un vrai musicien, pas d'un idéologue», relève l'interprète.


Rembrandt et Klee

Au coeur d'une musique «qui n'est pas basée sur la séduction», on trouve une exploration du rythme, alliée à une grande connaissance des instruments. Surtout, on rencontre un artisan qui n'a pas eu besoin de dénoncer ses outils, qui a pu se réinventer dans le cadre qu'il a conçu. Daniel Haefliger plaisante en affirmant que «son Lego – son système de composition – lui permet de faire tant du Rembrandt que du Klee». L'image est séduisante, elle rend bien le mélange de tradition classique et de modernité qui est l'apanage de Carter. Cet alliage en fait une porte d'entrée privilégiée vers la musique du XXe siècle.

Read the rest of this post »

Des concerts qui font chambre à part (10 juillet 2008, Le Courrier)

20080708_swiss_chamber_soloists
BENOÎT PERRIER    

PROGRAMME - Les Swiss Chamber Concerts annoncent leur prochaine saison [2008-2009] et inaugurent une série de disques chez Neos. Revue de détail.
On ne sait d'abord que penser du projet des Swiss Chamber Concerts (SCC), un cycle à cheval sur les régions linguistiques (Genève, Bâle, Zurich et Lugano) comme sur les époques (de Bach à la création la plus récente, pour cette saison 2008-2009). On se l'explique mieux en conversant avec son vibrionnant violoncelliste et codirecteur artistique, Daniel Haefliger. Cet ensemble de chambre à géométrie variable, il le décrit comme «un projet global, à plusieurs couches». Il faut entendre par là que, sur plusieurs points, les SCC veulent se démarquer. On retient la volonté de «créer une base de concerts sur la Suisse»: chaque programme est donné dans les quatre villes (et peut, adapté, tourner à l'étranger).
Autre grande option, celle de se poser en anti-spécialistes. Le répertoire qui en résulte est d'abord déroutant, télescopant allégrement baroque, classique et contemporain. Daniel Haefliger défend cette vision en expliquant qu'il s'agit de changer les habitudes d'écoute, de décloisonner, en réaction à ce qu'il décrit comme un «appauvrissement». Dernier point à relever, la présence quasi systématique de créations ou de premières, témoignant d'une volonté de soutenir la création. Ce credo se reflète dans la saison qui démarre le 11 octobre prochain, avec un concert-manifeste: le quatuor Sine Nomine interprétera Beethoven, Alban Berg (la Suite Lyrique) et une création du compositeur suisse William Blank. Evénement suivant, une confrontation entre Bach et Elliott Carter, dont on fêtera alors les 100 ans. Heinz Holliger et Peter Solomon incarneront à cette occasion son duo pour hautbois et clavecin. D'autres pièces de chambre du New-Yorkais et des extraits de l'Offrande musicale de Bach accompagneront cette première mondiale. A cette mise en regard, répondra lors la soirée suivante (en 2009) Heinz Holliger, qui se confrontera à Mozart et à des oeuvres de sa propre main. Mais les SCC entendent également présenter de nouveaux talents – cette année, le baryton suisse Ruben Drole pour un récital de mélodies qui appariera musique française et créations de Philippe Racine et Peter Wettstein. La saison se terminera par des oeuvres pour cordes (et flûte), dont un quatuor de Debussy et des oeuvres nouvelles. Une fois déployé cet éventail, on saisit mieux le désir des SCC de susciter «des configurations de sens, par rapport à un continuum de création musicale». Pour vérifier le résultat sur pièces, rendez-vous à la rentrée.

Note : Programme de la saison consultable dans quelques jours sur www.scc-concerts.ch


PAYSAGE AVEC CORDES

 
20080708_31zmtlekfil
  BPR    

Un air et trente variations: les Goldberg auront obsédé, depuis Wanda Landowska, artistes, mélomanes et industrie du disque. Proposition 2008 de Jürg Dähler, Hanna Weinmeister et Thomas Grossenbacher: les jouer sur instruments anciens, dans la transcription pour trio à cordes de Dmitry Sitkovetsky. L'expérience est plutôt convaincante. L'interprétation, qu'elle soit espiègle, brillante ou lapidaire, l'est toujours du fait d'un choix. Entre distribution et recréation collaborative, les voix prennent leur envol, se font lisibles et affichent leur dialogue. Le toucher baroque pourtant, s'il dramatise à l'envi (et généralement à raison), crée parfois le flou et obscurcit le discours. Mais le plus souvent, le pari est réussi et une onde de grâce se propage jusqu'à l'auditeur – à l'instar de ces pizzicati qui viennent perler sur l'une des dernières variations. C'est en tout cas une vision résolument contrastée qui est proposée ici. On se figure ainsi qu'on voyage, comme en une succession d'esquisses, de tableaux du temps de Bach ou d'avant. Elégante manière de faire revivre son temps, et une proposition à considérer pour y passer le sien.

Note : Swiss Chamber Soloists, Variations Goldberg, NEOS/Karbon

Paru le 10 juillet 2008 dans Le Courrier

 

?