«Dans la salle, on remarque toujours le silence» (19 mars 2010, Le Courrier)
GENÈVE - Entretien avec l'un des interprètes de prédilection de Klaus Huber, compositeur à l'honneur du Festival Archipel qui débute ce soir.
«La musique n'a pas de persistance sans la transcendance», voilà le credo du compositeur suisse Klaus Huber. Cette figure singulière et mystique occupe une place importante dans la programmation du festival genevois de musique contemporaine Archipel, qui débute ce soir. L'octogénaire, présent pour l'occasion, est joué samedi 27 mars par l'ensemble zurichois Arc-en-Ciel – trois oeuvres dont son Concerto de chambre de 1994 – et ce mardi par l'ensemble Contrechamps qui donnera Die Seele muss von Reitter steigen... («A l'âme de descendre de sa monture»). Cette oeuvre inspirée par un poème du Palestinien Mahmoud Darwich a été créée par le violoncelliste zurichois Walter Grimmer, à qui elle est dédiée. Ce soliste de premier plan évoque pour nous le compositeur et sa pièce magistrale.
Vous avez noué de longue date une relation avec le compositeur Klaus Huber.
Walter Grimmer: Oui, je l'ai connu dès mes études au Conservatoire de Zurich. Je croisais dans les couloirs ce professeur de violon un peu marginal, dont on m'avait dit qu'il faisait de la composition. Plus tard nous avons joué son premier quatuor avec le quatuor de Berne. Je lui ai aussi commandé une pièce pour violoncelle et piano et j'ai créé son trio avec clarinette basse, Schattenblätter.
Jusqu'à lui demander Die Seele muss... que vous jouez mardi.
Autour de 2000, je lui ai dit: «Tu as écrit un concerto pour piano, pour violon, pour alto. Il manque un concerto pour violoncelle!» Nous étions chez moi à Paris, l'idée lui a plu. Mais en définitive, ce n'est pas du tout un concerto, plutôt un concerto de chambre où le violoncelle tient le rôle principal. Huber est quelqu'un de tellement créatif qu'on ne peut rien lui proposer sans que ça ne prenne une autre forme! Pour le texte, il a choisi un poème de Mahmoud Darwich – Huber est très ancré dans la musique, la philosophie et la poésie arabe. La pièce utilise aussi des tonalités en tiers de ton, que j'ai dû apprivoiser pour l'occasion, même si je lui avais d'abord demandé de ne pas en inclure! (il rit, ndlr) Cela dit, j'ai révisé toute la partition avec lui et il a accepté la plupart de mes modifications.
Vous êtes le créateur de cette oeuvre et vous l'avez souvent jouée depuis 2002, quel effet provoque-t-elle?
En tant qu'interprète, elle m'émeut à chaque fois. Je la trouve tellement intériorisée, et en même temps d'une telle intensité avec des parties très violentes. Dans la salle, on remarque toujours le silence à la fin de l'oeuvre, une très longue écoute avant qu'on n'ose bouger.





